Infirmières de pratique avancée : des soins aussi efficaces que les médecins (Cochrane)
29 mars 2026
Une nouvelle revue de Cochrane le confirme : les soins dispensés par les Infirmières de pratique avancée IPA sont aussi sûrs et efficaces que ceux assurés par les médecins. Parfois même plus performants sur certains indicateurs.
Un groupe de chercheurs d’Irlande, du Royaume-Uni et d’Australie a évalué la substitution de médecins par du personnel infirmier dans les unités d’hospitalisation et les cliniques ambulatoires, en analysant 82 études randomisées portant sur plus de 28.000 patients dans 20 pays. Les études incluaient du personnel infirmier en pratique avancée IPA, clinicien spécialisé ou diplômé, se substituant à des médecins débutants ou confirmés dans des spécialités telles que la cardiologie, le diabète, le cancer, l’obstétrique/gynécologie et la rhumatologie.
Le constat est robuste. Oui, mais. Depuis des années, ce débat est enfermé dans une opposition stérile : substitution ou non ? Délégation ou non ? Comme si reconnaître les compétences infirmières revenait à affaiblir les autres professions. C’est une erreur de lecture.
La vraie question est ailleurs : comment organiser les soins à partir des besoins des patients… et non des frontières historiques entre professions ?
Les systèmes de santé sont sous tension. Vieillissement, maladies chroniques, accès aux soins dégradé. L’Organisation mondiale de la santé alerte depuis longtemps : sans évolution des rôles, l’accès aux soins ne pourra être maintenu.
Dans ce contexte, les résultats de Cochrane sont clairs. Quand la profession infirmière est formée, organisée, reconnue :
– la sécurité des soins est maintenue
– la qualité perçue est équivalente
– l’accès aux soins s’améliore
– et certains résultats cliniques progressent
Pourquoi ? Parce que les modèles infirmiers intègrent ce que le système oublie trop souvent : le temps, la relation, l’éducation, le suivi.
Mais attention à un raccourci dangereux. Ce n’est pas une logique de remplacement. C’est une logique de transformation. Comme le rappellent les auteurs, ces modèles fonctionnent à trois conditions : formation avancée, cadre clair, organisation adaptée. Sans cela, on déplace la contrainte sans améliorer le système.
Les pays qui réussissent (analysés notamment par l’OCDE) ne substituent pas. Ils redéfinissent les rôles. Ils structurent des parcours où chaque compétence est utilisée au bon niveau.
En France, la dynamique est engagée. Mais le modèle IPA reste encore hésitant, souvent freiné par une vision descendante du soin.
Les données sont là. La question n’est plus “peut-on ?” Mais “qu’attend-on ?”
Car au fond, il ne s’agit pas de savoir qui fait quoi. Il s’agit de garantir une chose simple : que chaque patient accède, au bon moment, au bon soignant.