Quels symptômes inhabituels doivent faire rechercher une Covid-19 ?

28 juin 2020

Communiqué de l’Académie nationale de médecine, du 17 juin 2020, qui distingue quatre tableaux de présentation clinique atyique du coronavirus de la COVID19

La fièvre ou les signes res­pi­ra­toi­res sont les prin­ci­paux symp­tô­mes de la Covid-19. Cependant l’infec­tion à SARS-CoV-2 peut tou­cher d’autres orga­nes et être révé­lée par des trou­bles diges­tifs, des embo­lies pul­mo­nai­res ou arté­riel­les péri­phé­ri­ques, ou d’autres tableaux inau­gu­raux moins typi­ques.

Le plan de pré­ven­tion et de pro­tec­tion ren­forcé défini par le Conseil scien­ti­fi­que Covid-19 [1] com­porte une inten­si­fi­ca­tion du pro­to­cole de détec­tion des cas et de recher­che des contacts. Ces nou­vel­les dis­po­si­tions doi­vent inci­ter à pres­crire les tests de dépis­tage au moin­dre doute.

Ainsi, cer­tai­nes pré­sen­ta­tions cli­ni­ques moins fré­quen­tes ne doi­vent pas être méconnues :

mani­fes­ta­tions neu­ro­lo­gi­ques : si l’agueu­sie et l’anos­mie sont fré­quen­tes, d’autres mani­fes­ta­tions sont excep­tion­nel­les comme une oph­tal­mo­plé­gie ou un syn­drome de Guillain-Barré. Un syn­drome confu­sion­nel, des trou­bles mné­si­ques ont également été rap­por­tés en par­ti­cu­lier chez les sujets âgés ainsi que des acci­dents vas­cu­lai­res céré­braux isché­mi­ques liés à l’acti­vité throm­bo­gène du SARS-CoV-2. Des dou­leurs cons­tric­ti­ves, erra­ti­ques et dura­bles sont pro­ba­ble­ment d’ori­gine neu­ro­lo­gi­que.

signes cuta­nés : des pseudo-enge­lu­res, par­fois dou­lou­reu­ses ont été décri­tes depuis le début de l’épidémie. Plus fré­quen­tes chez l’enfant et l’adulte jeune, leur évolution est habi­tuel­le­ment favo­ra­ble en une semaine, mais elles peu­vent réci­di­ver. La dyshi­drose, des vési­cu­les, une urti­caire, un exan­thème, des pété­chies et un livedo sont plus rares.

des tableaux cli­ni­ques évocateurs de la mala­die de Kawasaki ont été décrits chez l’enfant avec des signes diges­tifs ini­tiaux, dont de fortes dou­leurs abdo­mi­na­les, puis un choc car­dio­gé­ni­que avec une frac­tion d’éjection effon­drée, regrou­pés sous le nom de syn­drome inflam­ma­toire mul­ti­sys­té­mi­que pédia­tri­que (PIMS). Les signes cuta­nés sont pré­sents, avec un érythème puis une des­qua­ma­tion. L’âge des enfants tou­chés, de 9 à 17 ans, est plus élevé que dans la forme habi­tuelle de la mala­die de Kawasaki.

les attein­tes endo­cri­nien­nes et méta­bo­li­ques sont pro­ba­ble­ment liées à la large dis­tri­bu­tion orga­ni­que de l’enzyme de conver­sion de l’angio­ten­sine 2 (ACE2), récep­teur du SARS-CoV-2 : tes­ti­cule, ovaire, hypo­tha­la­mus, hypo­physe, thy­roïde et pan­créas. Contribuant à l’état de pro­fonde fati­gue et cor­rélé à la sévé­rité de la mala­die, on peut obser­ver un défi­cit de la pro­duc­tion de tes­to­sté­rone.

L’hypo­ka­lié­mie fré­quem­ment rap­por­tée résul­te­rait de la fixa­tion du virus sur l’ACE2 et de la syn­thèse accrue d’aldo­sté­rone. La lym­pho­pé­nie obser­vée dans cer­tai­nes formes graves de Covid-19 ne permet pas d’exclure des situa­tions d’hypo­cor­ti­so­lisme, déjà docu­men­tées au cours du SARS. Des cas de thy­roï­dite subaigüe ont été rap­por­tés. Une hypo­cal­cé­mie peut être obser­vée, de même qu’une hyper­gly­cé­mie favo­ri­sée par la majo­ra­tion de l’insu­li­no­ré­sis­tance et une atteinte directe de la glande pan­créa­ti­que avec une élévation des taux d’amy­lase et de lipase.

L’Académie natio­nale de méde­cine recom­mande
– d’explo­rer les mani­fes­ta­tions neu­ro­lo­gi­ques, endo­cri­nien­nes ou méta­bo­li­ques sur­ve­nant dans un contexte connu ou non d’infec­tion Covid-19 ;
– d’ana­ly­ser les trou­bles cog­ni­tifs, leur sévé­rité, leur évolution et leur per­sis­tance en s’aidant d’explo­ra­tions spé­ci­fi­ques ;
– d’évoquer un PIMS en cas de dou­leurs abdo­mi­na­les inten­ses et/ou de choc car­dio­gé­ni­que sur­ve­nant chez l’enfant ou l’ado­les­cent ;
– de pres­crire les tests de dépis­tage du SRAS-CoV-2 (RT-PCR et séro­lo­gie) au moin­dre doute devant tout tableau cli­ni­que fruste, aty­pi­que ou inha­bi­tuel pou­vant faire penser à la Covid-19.

[1] Avis n° 7 du Conseil scien­ti­fi­que Covid-19 « 4 scé­na­rios pour la période post-confi­ne­ment ; anti­ci­per pour mieux pro­té­ger », 2 juin 2020

Source http://www.aca­de­mie-mede­cine.fr/com­mu­ni­que-de-laca­de­mie-quels-symp­to­mes-inha­bi­tuels-doi­vent-faire-recher­cher-une-covid-19/

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