Canicule, incendies, sécheresse : après l’été 2026, l’urgence d’un véritable plan d’adaptation climatique

Canicule, incendies, sécheresse : après l’été 2026, l’urgence d’un véritable plan d’adaptation climatique

28 août 2026

Plus de 42 °C dans plu­sieurs villes, plus de 7.300 décès sup­plé­men­tai­res esti­més au cœur des vagues de cha­leur, 42.000 hec­ta­res brûlés en Gironde, des cen­tai­nes de mil­liers de per­son­nes évacuées, des hôpi­taux sous ten­sion. L’été 2026 doit cons­ti­tuer un point de bas­cule.

Pour le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), une évidence s’impose : nous ne pou­vons plus vivre un été comme celui que nous venons de tra­ver­ser.

La cani­cule n’est plus un acci­dent météo­ro­lo­gi­que excep­tion­nel. Elle devient un risque sani­taire majeur, récur­rent et pré­vi­si­ble. Et lorsqu’un risque est pré­vi­si­ble, conti­nuer à y répon­dre prin­ci­pa­le­ment par des dis­po­si­tifs d’urgence revient à accep­ter col­lec­ti­ve­ment ses consé­quen­ces.

Un été qui se mesure aussi en vies humaines

Les chif­fres sont consi­dé­ra­bles. Du 17 juin au 2 juillet, Santé publi­que France a estimé 5.764 décès toutes causes en excès, soit une hausse de 36,2 % dans les dépar­te­ments et durant les jour­nées concer­nés par la cani­cule. Près de 99 % de la popu­la­tion hexa­go­nale a été expo­sée à cet épisode. Son inten­sité a dépassé celle de la cani­cule d’août 2003. Les tem­pé­ra­tu­res ont atteint 42,5 °C à Bordeaux, 42,7 °C à Niort, 43 °C à Brive et 43,8 °C à Saintes.

Puis la cha­leur a per­sisté. Juillet 2026 est devenu le mois le plus chaud jamais mesuré en France depuis 1900. Les pre­miè­res esti­ma­tions dis­po­ni­bles por­tent désor­mais à plus de 7.300 le nombre de décès sup­plé­men­tai­res obser­vés pen­dant les épisodes de cha­leur de cet été, avant même la conso­li­da­tion défi­ni­tive du bilan sani­taire. Ce nombre ne doit pas deve­nir une sta­tis­ti­que parmi d’autres.

Derrière chaque décès, il y a une per­sonne. Souvent âgée, malade chro­ni­que, isolée ou socia­le­ment vul­né­ra­ble. Mais la cha­leur touche désor­mais toutes les géné­ra­tions et toutes les caté­go­ries socia­les. Elle aggrave les mala­dies car­dio­vas­cu­lai­res et res­pi­ra­toi­res, favo­rise déshy­dra­ta­tions, insuf­fi­san­ces réna­les, malai­ses, chutes et décom­pen­sa­tions de patho­lo­gies chro­ni­ques. Elle tue aussi sans tou­jours appa­raî­tre sur le cer­ti­fi­cat de décès comme cause pre­mière.

Les infirmières voient ce que les statistiques racontent plus tard

Les pro­fes­sion­nels infir­miers sont aux pre­miè­res loges. A domi­cile, dans les EHPAD, aux urgen­ces, dans les ser­vi­ces hos­pi­ta­liers, en psy­chia­trie, en santé au tra­vail, dans les établissements sco­lai­res ou auprès des per­son­nes en situa­tion de han­di­cap, ils cons­ta­tent les consé­quen­ces de la cha­leur avant qu’elles n’appa­rais­sent dans les bilans natio­naux.

Ils repè­rent la per­sonne âgée qui ne boit plus suf­fi­sam­ment. Le patient car­dia­que qui décom­pense. Le loge­ment devenu inha­bi­ta­ble. La per­sonne isolée qui n’a per­sonne à appe­ler. Le tra­vailleur épuisé par plu­sieurs jour­nées de cha­leur. Le patient qui arrive aux urgen­ces après plu­sieurs heures ou plu­sieurs jours de fra­gi­li­sa­tion.

Entre le 11 et le 15 août, Santé publi­que France enre­gis­trait encore 230 à 305 pas­sa­ges quo­ti­diens aux urgen­ces direc­te­ment asso­ciés aux indi­ca­teurs sani­tai­res de la cani­cule, avec 146 à 184 hos­pi­ta­li­sa­tions par jour. Plus de la moitié des pas­sa­ges concer­naient des per­son­nes de 75 ans et plus.

La pré­ven­tion ne peut donc pas com­men­cer lors­que le ther­mo­mè­tre dépasse 40 °C. Elle doit com­men­cer dans les loge­ments, les quar­tiers, les entre­pri­ses, les écoles, les établissements de santé et médico-sociaux, bien avant l’alerte rouge.

C’est pré­ci­sé­ment là que les infir­miè­res ont un rôle essen­tiel à jouer : repé­rage des vul­né­ra­bi­li­tés, éducation à la santé, pré­ven­tion, sur­veillance cli­ni­que, adap­ta­tion des soins, coor­di­na­tion avec les aidants et les ser­vi­ces sociaux, orien­ta­tion et suivi des per­son­nes fra­gi­les. La santé envi­ron­ne­men­tale devient une dimen­sion ordi­naire de la pra­ti­que infir­mière.

Quand le logement devient un déterminant de santé

La cani­cule révèle également une pro­fonde iné­ga­lité sociale. Nous ne sommes pas égaux devant 40 °C.

Celui qui dis­pose d’un loge­ment bien isolé, de volets, d’une ven­ti­la­tion effi­cace, d’espa­ces végé­ta­li­sés à proxi­mité et de la pos­si­bi­lité de modi­fier ses horai­res n’affronte pas la cha­leur dans les mêmes condi­tions que la per­sonne vivant au der­nier étage d’un immeu­ble mal isolé, dans un quar­tier miné­ral, sans pos­si­bi­lité de rafraî­chir son loge­ment.

Certaines pas­soi­res ther­mi­ques de l’hiver devien­nent de véri­ta­bles bouilloi­res ther­mi­ques l’été. Le loge­ment doit donc être consi­déré comme un déter­mi­nant envi­ron­ne­men­tal de santé. La réno­va­tion énergétique ne peut plus être pensée uni­que­ment autour de la consom­ma­tion de chauf­fage. Le confort d’été et la pro­tec­tion sani­taire contre la cha­leur doi­vent deve­nir des cri­tè­res majeurs des poli­ti­ques publi­ques de réno­va­tion.

Les aides publi­ques devraient inté­grer beau­coup plus for­te­ment le risque sani­taire lié à la cha­leur, en don­nant une prio­rité aux loge­ments occu­pés par des per­son­nes âgées, dépen­dan­tes, han­di­ca­pées ou attein­tes de mala­dies chro­ni­ques. Il faut arti­cu­ler vul­né­ra­bi­lité de la per­sonne et vul­né­ra­bi­lité de son habi­tat.

Nos hôpitaux doivent eux aussi être adaptés au climat de demain

La même exi­gence vaut pour les établissements de santé. Des cham­bres dépas­sant des tem­pé­ra­tu­res accep­ta­bles, des locaux de soins mal ven­ti­lés, des bâti­ments anciens accu­mu­lant la cha­leur, des pro­fes­sion­nels tra­vaillant pen­dant des heures dans des condi­tions éprouvantes ne peu­vent deve­nir notre nou­velle nor­ma­lité.

On ne pro­tège pas les patients sans pro­té­ger celles et ceux qui les soi­gnent. Chaque établissement sani­taire et médico-social devrait dis­po­ser d’un diag­nos­tic de vul­né­ra­bi­lité cli­ma­ti­que, d’un pro­gramme plu­rian­nuel d’adap­ta­tion des bâti­ments et d’une orga­ni­sa­tion per­met­tant de main­te­nir la qua­lité et la sécu­rité des soins lors des épisodes extrê­mes. L’adap­ta­tion cli­ma­ti­que doit deve­nir un cri­tère de qua­lité du sys­tème de santé.

42.000 hectares brûlés : santé et sécurité civile sont désormais indissociables

La catas­tro­phe de Gironde l’a démon­tré avec une vio­lence excep­tion­nelle. L’incen­die a brûlé 42 000 hec­ta­res, détruit ou endom­magé des cen­tai­nes de bâti­ments et conduit à l’évacuation pré­ven­tive de plus de 220 000 per­son­nes.

Ces incen­dies ne cons­ti­tuent pas seu­le­ment des catas­tro­phes envi­ron­ne­men­ta­les. Ils pro­vo­quent brû­lu­res, trau­ma­tis­mes, intoxi­ca­tions par les fumées, aggra­va­tions de mala­dies res­pi­ra­toi­res et car­dio­vas­cu­lai­res, dépla­ce­ments de popu­la­tions et consé­quen­ces psy­cho­lo­gi­ques par­fois dura­bles.

Ils mobi­li­sent simul­ta­né­ment sapeurs-pom­piers, per­son­nels hos­pi­ta­liers, SAMU, pro­fes­sion­nels libé­raux, établissements médico-sociaux, col­lec­ti­vi­tés, asso­cia­tions et ser­vi­ces de l’État. Pompiers et soi­gnants affron­tent désor­mais les consé­quen­ces sani­tai­res d’un même dérè­gle­ment cli­ma­ti­que. C’est pour­quoi leur réponse doit également deve­nir col­lec­tive.

Ne plus opposer adaptation et prévention

La France dis­pose d’un Plan natio­nal d’adap­ta­tion au chan­ge­ment cli­ma­ti­que. Le Gouvernement reconnaît lui-même que les vagues de cha­leur vont deve­nir plus fré­quen­tes, plus lon­gues et plus inten­ses. Il indi­quait en juin que la France avait déjà connu quatre fois plus de jours de cani­cule au cours de cette décen­nie que dans les années 1980. Le pro­blème n’est donc plus celui du diag­nos­tic. Il est celui des moyens et du rythme de trans­for­ma­tion.

Adapter les hôpi­taux, les EHPAD, les écoles et les loge­ments. Végétaliser les villes. Créer des îlots de fraî­cheur. Protéger les tra­vailleurs. Renforcer les ser­vi­ces de secours. Développer la pré­ven­tion auprès des popu­la­tions vul­né­ra­bles. Soutenir les col­lec­ti­vi­tés. Former les pro­fes­sion­nels de santé aux ris­ques envi­ron­ne­men­taux.

Mais l’adap­ta­tion seule ne suf­fira pas. Nous devons simul­ta­né­ment nous adap­ter aux consé­quen­ces déjà iné­vi­ta­bles du chan­ge­ment cli­ma­ti­que et agir sur ses causes. Chaque dixième de degré évité compte.

Le climat est aussi une question de justice sociale

C’est l’une des gran­des leçons de cet été : le chan­ge­ment cli­ma­ti­que ampli­fie les iné­ga­li­tés exis­tan­tes. Les per­son­nes âgées iso­lées, les mala­des chro­ni­ques, les per­son­nes sans domi­cile, les famil­les pré­cai­res, les tra­vailleurs expo­sés, les habi­tants de loge­ments mal isolés et ceux des quar­tiers for­te­ment miné­ra­li­sés dis­po­sent de moins de res­sour­ces pour se pro­té­ger.

Une poli­ti­que cli­ma­ti­que qui igno­re­rait cette dimen­sion sociale man­que­rait donc une partie essen­tielle de son objec­tif. La tran­si­tion écologique doit être aussi une poli­ti­que de santé publi­que et de jus­tice sociale.

C’est la raison pour laquelle le SNPI a choisi de rejoin­dre une mobi­li­sa­tion col­lec­tive qui dépasse lar­ge­ment le seul monde de la santé. Syndicats de pom­piers, orga­ni­sa­tions de pro­fes­sion­nels de santé et de tra­vailleurs, asso­cia­tions envi­ron­ne­men­ta­les, orga­ni­sa­tions de soli­da­rité inter­na­tio­nale, défen­seurs des droits humains et de la pro­tec­tion ani­male : près d’une tren­taine d’orga­ni­sa­tions ont décidé de porter ensem­ble cette exi­gence.
https://15sep­tem­bre.org/index.php/nos-sou­tiens/

Cette diver­sité n’est pas un obs­ta­cle. Elle cons­ti­tue notre force. Car le dérè­gle­ment cli­ma­ti­que ne res­pecte aucune fron­tière pro­fes­sion­nelle.

Le prochain budget doit tirer les conséquences de l’été 2026

Dans quel­ques semai­nes, le Parlement exa­mi­nera le budget de l’État. Ce rendez-vous ne peut pas se limi­ter à répa­rer les dégâts du der­nier incen­die ou à finan­cer dans l’urgence quel­ques cli­ma­ti­seurs sup­plé­men­tai­res. Il faut inves­tir en amont.

Le col­lec­tif demande notam­ment le ren­for­ce­ment du Fonds vert des­tiné aux col­lec­ti­vi­tés, la taxa­tion des entre­pri­ses des énergies fos­si­les, la mise en place d’un véri­ta­ble plan cani­cule et un finan­ce­ment cli­ma­ti­que ren­forcé en faveur des pays les plus dure­ment tou­chés.

Pour le SNPI, il faut y ajou­ter une véri­ta­ble stra­té­gie de santé envi­ron­ne­men­tale : réno­va­tion cli­ma­ti­que des hôpi­taux et EHPAD, adap­ta­tion des loge­ments des per­son­nes vul­né­ra­bles, moyens ren­for­cés pour les ser­vi­ces de soins et de secours, déve­lop­pe­ment de la pré­ven­tion et reconnais­sance du rôle des pro­fes­sion­nels de proxi­mité.
https://syn­di­cat-infir­mier.com/Canicule-com­bien-de-deces-a-domi­cile-pour­rons-nous-eviter-demain.html

Ce sont des dépen­ses aujourd’hui. Mais ne rien faire coû­tera beau­coup plus cher demain, économiquement, socia­le­ment et humai­ne­ment.

Le 15 septembre, faire de la santé une voix de la mobilisation climatique

Après l’été 2003, la France avait com­pris qu’une cani­cule pou­vait cons­ti­tuer une catas­tro­phe sani­taire. Vingt-trois ans plus tard, nous devons fran­chir une nou­velle étape : com­pren­dre que le dérè­gle­ment cli­ma­ti­que lui-même cons­ti­tue un déter­mi­nant majeur de santé publi­que.

Les infir­miè­res ne peu­vent rester spec­ta­tri­ces. Prévenir, pro­té­ger, éduquer, accom­pa­gner les plus vul­né­ra­bles et défen­dre la santé des popu­la­tions appar­tien­nent au cœur de notre pro­fes­sion.

C’est pour­quoi le SNPI appelle à par­ti­ci­per à un ras­sem­ble­ment le mardi 15 sep­tem­bre 2026, à partir de 19h30, devant le minis­tère de l’Économie et des Finances à Bercy, à Paris, aux côtés des orga­ni­sa­tions mobi­li­sées.
https://15sep­tem­bre.org/

Nous ne deman­dons pas l’impos­si­ble. Nous deman­dons que les déci­sions publi­ques soient enfin à la hau­teur de ce que la science annonce depuis des décen­nies et de ce que les pro­fes­sion­nels cons­ta­tent désor­mais chaque été sur le ter­rain.

Plus de 7.300 morts sup­plé­men­tai­res, 42.000 hec­ta­res partis en fumée, des cen­tai­nes de mil­liers de per­son­nes évacuées : nous ne pou­vons pas consi­dé­rer cela comme une nou­velle nor­ma­lité. Face au chan­ge­ment cli­ma­ti­que, pro­té­ger la santé exige désor­mais de dépas­ser les fron­tiè­res pro­fes­sion­nel­les et ins­ti­tu­tion­nel­les.

Soignants, pom­piers, tra­vailleurs, asso­cia­tions, citoyens : nous fai­sons face aux mêmes consé­quen­ces. Nous devons désor­mais porter ensem­ble les mêmes exi­gen­ces. Le 15 sep­tem­bre à Bercy, unis­sons nos voix pour exiger des actes.

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