Présidentielle 2027 : investir dans les infirmières pour répondre aux besoins de santé

Présidentielle 2027 : investir dans les infirmières pour répondre aux besoins de santé

4 novembre 2026

Effectifs insuf­fi­sants, rému­né­ra­tions peu attrac­ti­ves, com­pé­ten­ces sous-uti­li­sées, épuisement pro­fes­sion­nel : les dif­fi­cultés ren­contrées par les infir­miè­res sala­riées ne sont pas seu­le­ment une ques­tion sociale. Elles cons­ti­tuent un enjeu majeur de santé publi­que. A l’appro­che de l’élection pré­si­den­tielle de 2027, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) appelle les can­di­dats à dépas­ser les décla­ra­tions d’inten­tion pour pro­po­ser des enga­ge­ments précis, finan­cés et évaluables.

La France dis­pose d’une pro­fes­sion infir­mière qua­li­fiée, pré­sente dans les établissements de santé, les struc­tu­res médico-socia­les, les ser­vi­ces de santé au tra­vail, les établissements sco­lai­res et de nom­breux autres lieux de soins. Pourtant, notre sys­tème de santé conti­nue de sous-uti­li­ser ses com­pé­ten­ces, tout en impo­sant à ces pro­fes­sion­nels des condi­tions d’exer­cice qui com­pro­met­tent leur capa­cité à répon­dre aux besoins de la popu­la­tion.

Le para­doxe est frap­pant. Alors que le vieillis­se­ment démo­gra­phi­que, les mala­dies chro­ni­ques, les trou­bles psy­chi­ques et les iné­ga­li­tés ter­ri­to­ria­les exi­gent davan­tage de pré­ven­tion, de suivi et de coor­di­na­tion, les infir­miè­res consa­crent une part crois­sante de leur énergie à com­pen­ser les dys­fonc­tion­ne­ments des orga­ni­sa­tions.

Dans un entre­tien publié par Infirmiers.com sur les atten­tes de la pro­fes­sion pour la pré­si­den­tielle de 2027, le SNPI rap­pelle quatre prio­ri­tés : des effec­tifs adap­tés aux besoins des patients, des rému­né­ra­tions dignes des res­pon­sa­bi­li­tés exer­cées, une reconnais­sance effec­tive des com­pé­ten­ces et des condi­tions de tra­vail per­met­tant de fidé­li­ser les pro­fes­sion­nels.

Ces reven­di­ca­tions pour­sui­vent un objec­tif commun : per­met­tre à chaque infir­mière d’exer­cer plei­ne­ment son métier, au béné­fice des patients.

Des effectifs adaptés : la sécurité des patients doit primer sur les contraintes budgétaires

Dans de nom­breux établissements, les équipes fonc­tion­nent avec des effec­tifs insuf­fi­sants. Les absen­ces non rem­pla­cées, les rap­pels sur repos, les heures sup­plé­men­tai­res et les fer­me­tu­res de lits sont deve­nus des varia­bles d’ajus­te­ment ordi­nai­res.

Mais les soins ne peu­vent pas être orga­ni­sés comme une simple acti­vité de pro­duc­tion. Un patient âgé déso­rienté, une per­sonne pré­sen­tant plu­sieurs patho­lo­gies chro­ni­ques ou un malade en situa­tion de détresse psy­cho­lo­gi­que néces­si­tent du temps, une sur­veillance cli­ni­que et une rela­tion thé­ra­peu­ti­que adap­tée. Lorsque les effec­tifs dimi­nuent, ce sont pré­ci­sé­ment ces dimen­sions essen­tiel­les qui sont fra­gi­li­sées.

La lit­té­ra­ture scien­ti­fi­que inter­na­tio­nale établit une asso­cia­tion entre la charge en patients des infir­miè­res, la mor­ta­lité hos­pi­ta­lière, les com­pli­ca­tions et les soins lais­sés ina­che­vés. Les tra­vaux de Linda Aiken et de ses col­lè­gues ont notam­ment montré qu’une aug­men­ta­tion du nombre de patients pris en charge par infir­mière s’accom­pa­gne d’une aug­men­ta­tion du risque de décès après chi­rur­gie.

La loi du 29 jan­vier 2025 ins­tau­rant des ratios mini­maux de soi­gnants par patient cons­ti­tue une avan­cée. Mais son effi­ca­cité dépen­dra de sa tra­duc­tion concrète dans les ser­vi­ces, avec des moyens humains et finan­ciers suf­fi­sants.

Pour le SNPI, les ratios doi­vent être défi­nis à partir des besoins réels des patients, de leur dépen­dance, de la com­plexité des soins et de la pré­sence effec­tive des pro­fes­sion­nels. Un ratio affi­ché sur un tableau de ser­vice ne pro­tège per­sonne si les absen­ces ne sont pas rem­pla­cées ou si la charge en soins est sous-esti­mée. La qua­lité des soins ne doit plus servir de varia­ble d’ajus­te­ment bud­gé­taire.

Des rémunérations qui reconnaissent enfin les responsabilités infirmières

La France ne peut dura­ble­ment deman­der davan­tage aux infir­miè­res tout en main­te­nant une reconnais­sance sala­riale insuf­fi­sante.

Selon les com­pa­rai­sons de l’OCDE, les infir­miè­res hos­pi­ta­liè­res per­çoi­vent en moyenne, dans les pays mem­bres, une rému­né­ra­tion supé­rieure d’envi­ron 20 % au salaire moyen natio­nal. En France, leur rému­né­ra­tion se situe autour de cette moyenne natio­nale.

Ce déca­lage est d’autant plus dif­fi­cile à jus­ti­fier que les res­pon­sa­bi­li­tés infir­miè­res pro­gres­sent : évaluation cli­ni­que, pré­ven­tion, coor­di­na­tion des par­cours, consul­ta­tion, diag­nos­tic infir­mier et nou­vel­les pos­si­bi­li­tés de pres­crip­tion.

A ces res­pon­sa­bi­li­tés s’ajou­tent des contrain­tes sou­vent invi­si­bles dans les com­pa­rai­sons sala­ria­les : tra­vail de nuit, diman­ches et jours fériés, alter­nance des horai­res, rap­pels sur repos et congés frac­tion­nés pour néces­sité de ser­vice. Ces contrain­tes ont des consé­quen­ces sur la santé, la vie fami­liale et la pos­si­bi­lité de se pro­je­ter dura­ble­ment dans la pro­fes­sion.

La reconnais­sance doit également concer­ner les pers­pec­ti­ves de car­rière, l’exper­tise cli­ni­que, les qua­li­fi­ca­tions uni­ver­si­tai­res et les res­pon­sa­bi­li­tés exer­cées.

Revaloriser les infir­miè­res ne consiste pas à accor­der une prime ponc­tuelle pour com­pen­ser une crise. Il s’agit de reconnaî­tre dura­ble­ment la valeur économique, sociale et sani­taire de leur tra­vail.

Des compétences reconnues, mais encore trop peu utilisées

La réforme de la pro­fes­sion infir­mière enga­gée en 2025 et 2026 marque une évolution majeure. Elle reconnaît davan­tage la consul­ta­tion infir­mière, le diag­nos­tic infir­mier, la pré­ven­tion, la coor­di­na­tion et cer­tai­nes com­pé­ten­ces de pres­crip­tion. Mais une réforme régle­men­taire ne trans­forme pas à elle seule les pra­ti­ques.

Encore faut-il que les établissements adap­tent leurs orga­ni­sa­tions, que les employeurs reconnais­sent ces nou­vel­les res­pon­sa­bi­li­tés et que les pro­fes­sion­nels dis­po­sent du temps néces­saire pour les exer­cer. Une infir­mière com­pé­tente en éducation thé­ra­peu­ti­que ne peut déve­lop­per un accom­pa­gne­ment struc­turé si son acti­vité se réduit à enchaî­ner les actes tech­ni­ques. Une infir­mière formée au rai­son­ne­ment cli­ni­que ne peut exer­cer plei­ne­ment son juge­ment si elle doit gérer simul­ta­né­ment un nombre exces­sif de patients.

Dans les établissements médico-sociaux, les infir­miè­res jouent un rôle essen­tiel dans le repé­rage de la fra­gi­lité, la pré­ven­tion des décom­pen­sa­tions, l’accom­pa­gne­ment des per­son­nes âgées et la coor­di­na­tion avec les pro­fes­sion­nels de ville.

En santé au tra­vail, elles contri­buent au repé­rage des ris­ques pro­fes­sion­nels, à la pré­ven­tion des mala­dies, au main­tien en emploi et à la pro­mo­tion de la santé.

A l’hôpi­tal, leur exper­tise cli­ni­que permet de détec­ter pré­co­ce­ment les com­pli­ca­tions, de pré­ve­nir les événements indé­si­ra­bles, de pré­pa­rer les sor­ties et d’éviter cer­tai­nes réhos­pi­ta­li­sa­tions.

Mieux uti­li­ser les com­pé­ten­ces infir­miè­res ne signi­fie pas deman­der aux infir­miè­res de tra­vailler davan­tage. Cela signi­fie leur per­met­tre de tra­vailler autre­ment, avec une auto­no­mie reconnue et des moyens adap­tés.

Fidéliser les professionnels plutôt que subir les départs

L’attrac­ti­vité de la pro­fes­sion ne se mesure pas uni­que­ment au nombre d’étudiants admis en for­ma­tion. Elle se mesure aussi à la capa­cité du sys­tème de santé à conser­ver ses pro­fes­sion­nels expé­ri­men­tés.

Chaque départ repré­sente une perte de com­pé­ten­ces, d’expé­rience cli­ni­que et de conti­nuité dans les équipes. Il fra­gi­lise également les nou­veaux pro­fes­sion­nels, privés de l’accom­pa­gne­ment de col­lè­gues expé­ri­men­tés.

La fidé­li­sa­tion sup­pose de trai­ter les causes pro­fon­des du désen­ga­ge­ment : sur­charge de tra­vail, perte d’auto­no­mie, absence de reconnais­sance, horai­res impré­vi­si­bles et sen­ti­ment de ne plus pou­voir dis­pen­ser les soins néces­sai­res.

Elle exige aussi de pré­ser­ver la santé phy­si­que et psy­chi­que des soi­gnants, de déve­lop­per le tuto­rat, de faci­li­ter l’accès à la for­ma­tion conti­nue et de cons­truire des par­cours pro­fes­sion­nels diver­si­fiés. L’expé­rience infir­mière doit deve­nir une richesse reconnue, et non une res­source que les orga­ni­sa­tions épuisent pro­gres­si­ve­ment.

La ques­tion du sens du tra­vail est cen­trale. Les infir­miè­res ne quit­tent pas néces­sai­re­ment leur métier parce qu’elles ne sou­hai­tent plus soi­gner. Certaines le quit­tent parce que les condi­tions d’exer­cice ne leur per­met­tent plus de soi­gner confor­mé­ment à leurs exi­gen­ces pro­fes­sion­nel­les et éthiques.

La prévention : un potentiel infirmier encore largement inexploité

Notre sys­tème de santé reste trop sou­vent orga­nisé autour de la prise en charge de la mala­die, alors que les besoins appel­lent une pré­sence ren­for­cée dans la pré­ven­tion et l’accom­pa­gne­ment au long cours.

Les infir­miè­res sont pour­tant par­ti­cu­liè­re­ment bien pla­cées pour inter­ve­nir dans ces domai­nes. Leur proxi­mité avec les patients, leur appro­che glo­bale de la per­sonne et leur connais­sance des situa­tions de vie per­met­tent d’agir sur les déter­mi­nants de santé.

Prévenir une chute, accom­pa­gner un patient dia­bé­ti­que, repé­rer une situa­tion de mal­trai­tance, favo­ri­ser l’obser­vance thé­ra­peu­ti­que, détec­ter une souf­france psy­chi­que ou sen­si­bi­li­ser aux ris­ques envi­ron­ne­men­taux sont autant d’inter­ven­tions qui peu­vent éviter des com­pli­ca­tions et amé­lio­rer la qua­lité de vie.

Il faut donc passer d’une logi­que cen­trée sur les actes réa­li­sés à une logi­que atten­tive aux résul­tats obte­nus pour les per­son­nes soi­gnées. Cela sup­pose de reconnaî­tre le temps consa­cré à l’écoute, à l’éducation à la santé, à l’accom­pa­gne­ment et à la coor­di­na­tion comme du véri­ta­ble temps de soin.

Présidentielle 2027 : cinq engagements attendus des candidats

Le SNPI appelle les can­di­dats à pré­sen­ter des pro­po­si­tions concrè­tes autour de cinq enga­ge­ments :

– Garantir des effec­tifs sécu­ri­sés, en appli­quant les ratios soi­gnants/patients, avec des finan­ce­ments iden­ti­fiés et des indi­ca­teurs publics sur les soins man­qués, les événements indé­si­ra­bles et les fer­me­tu­res de lits.

– Engager une reva­lo­ri­sa­tion sala­riale, tenant compte des res­pon­sa­bi­li­tés, des qua­li­fi­ca­tions, de la péni­bi­lité et des com­pa­rai­sons inter­na­tio­na­les.

– Donner une tra­duc­tion réelle aux nou­vel­les com­pé­ten­ces infir­miè­res, en adap­tant les orga­ni­sa­tions, les par­cours de soins, les moyens et les moda­li­tés de reconnais­sance pro­fes­sion­nelle.

– Faire de la fidé­li­sa­tion une prio­rité natio­nale, en amé­lio­rant les condi­tions de tra­vail, la pré­ven­tion des ris­ques pro­fes­sion­nels, le tuto­rat et les pers­pec­ti­ves de car­rière.

– Investir dans la pré­ven­tion et les soins de proxi­mité, en mobi­li­sant plei­ne­ment l’exper­tise infir­mière dans les établissements de santé, le médico-social, la santé au tra­vail et les par­cours coor­don­nés.

Ces enga­ge­ments devront être assor­tis d’un calen­drier, de finan­ce­ments et d’indi­ca­teurs per­met­tant d’en mesu­rer les effets. Les pro­fes­sion­nels et les patients doi­vent pou­voir cons­ta­ter les pro­grès réa­li­sés.

Investir dans les infirmières, c’est investir dans la santé de tous

La ques­tion posée aux futurs can­di­dats dépasse les seules reven­di­ca­tions d’une pro­fes­sion.

Quel sys­tème de santé vou­lons-nous cons­truire ? Un sys­tème qui conti­nue de gérer les pénu­ries et de répa­rer les consé­quen­ces des dys­fonc­tion­ne­ments ? Ou un sys­tème qui inves­tit dans les com­pé­ten­ces, la pré­ven­tion, la qua­lité des soins et la conti­nuité des par­cours ?

Les infir­miè­res repré­sen­tent une res­source essen­tielle pour rele­ver ces défis. Mais cette res­source ne peut être consi­dé­rée comme iné­pui­sa­ble. Il ne suffit plus de saluer leur enga­ge­ment lors des crises pour oublier ensuite leurs condi­tions d’exer­cice. Il faut leur donner les moyens de faire cor­rec­te­ment leur tra­vail, dans le res­pect des patients et de leurs pro­pres exi­gen­ces pro­fes­sion­nel­les.

Investir dans les infir­miè­res n’est pas une dépense sup­plé­men­taire sans contre­par­tie. C’est un choix stra­té­gi­que pour pré­ve­nir les com­pli­ca­tions, réduire les soins évitables, amé­lio­rer la sécu­rité des patients et ren­for­cer l’effi­ca­cité du sys­tème de santé.

En 2027, le SNPI attend des can­di­dats autre chose que des hom­ma­ges et des pro­mes­ses. Il attend des enga­ge­ments qui chan­gent réel­le­ment la vie des soi­gnants et des per­son­nes soi­gnées.

Car une poli­ti­que de santé ambi­tieuse com­mence par une évidence : on ne peut pas amé­lio­rer dura­ble­ment la santé de la popu­la­tion sans amé­lio­rer les condi­tions dans les­quel­les les pro­fes­sion­nels pren­nent soin d’elle.

Voir l’arti­cle paru sur Infirmiers.com :
http://www.infir­miers.com/pro­fes­sion-ide/actua­lite-sociale/pre­si­den­tielle-2027-quat­ten­dent-les-infir­miers

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