Périnatalité : une réforme ne peut réussir en invisibilisant les infirmières et les puéricultrices

Périnatalité : une réforme ne peut réussir en invisibilisant les infirmières et les puéricultrices

18 juillet 2026

Les orga­ni­sa­tions ci-des­sous saluent la volonté du minis­tère de ren­for­cer la santé péri­na­tale, alors que les indi­ca­teurs de mor­ta­lité mater­nelle, de mor­ta­lité infan­tile et les iné­ga­li­tés ter­ri­to­ria­les impo­sent une mobi­li­sa­tion de l’ensem­ble des acteurs.

Mais un point majeur inter­pelle.

Le com­mu­ni­qué minis­té­riel affirme que les pro­po­si­tions repo­sent sur le dia­lo­gue avec « l’ensem­ble des pro­fes­sion­nels de santé ». Pourtant, lorsqu’il s’agit de décrire les acteurs du par­cours péri­na­tal, cer­tai­nes pro­fes­sions sont clai­re­ment iden­ti­fiées : méde­cins géné­ra­lis­tes, gyné­co­lo­gues, sages-femmes. Les infir­miè­res géné­ra­lis­tes et les infir­miè­res pué­ri­cultri­ces, dis­pa­rais­sent tota­le­ment du texte.
https://sante.gouv.fr/actua­li­tes-presse/presse/com­mu­ni­ques-de-presse/arti­cle/pre­mie­res-pro­po­si­tions-de-la-mis­sion-peri­na­ta­lite

Cette omis­sion est incom­pré­hen­si­ble.

Les infir­miè­res géné­ra­lis­tes et pué­ri­cultri­ces sont pré­sen­tes à toutes les étapes du par­cours péri­na­tal : ser­vi­ces de gros­ses­ses à risque, mater­ni­tés, suites de cou­ches, néo­na­to­lo­gie, réa­ni­ma­tion néo­na­tale, consul­ta­tions, cen­tres de pro­tec­tion mater­nelle et infan­tile (PMI), Permanences d’accès aux soins de santé (PASS) mère-enfant, santé sco­laire, suivi à domi­cile, réseaux ter­ri­to­riaux et Communautés pro­fes­sion­nel­les ter­ri­to­ria­les de santé (CPTS).

Les infir­miè­res pué­ri­cultri­ces appor­tent quant à elles une exper­tise reconnue dans les soins au nou­veau-né, l’accom­pa­gne­ment de la paren­ta­lité, le sou­tien à l’allai­te­ment, le déve­lop­pe­ment de l’enfant, le dépis­tage pré­coce des dif­fi­cultés, la pré­ven­tion et la pro­tec­tion de l’enfance.

Or le com­mu­ni­qué ne cite jamais ces pro­fes­sion­nels. Les struc­tu­res sont men­tion­nées. Les métiers qui les font vivre ne le sont pas.

Cette invisibilisation n’est pas un simple problème de vocabulaire.

Une pro­fes­sion qui n’est pas nommée dans les poli­ti­ques publi­ques est une pro­fes­sion que l’on risque d’oublier lors­que sont défi­nis les réfé­ren­tiels, les effec­tifs, les finan­ce­ments, les indi­ca­teurs de qua­lité ou les ins­tan­ces de gou­ver­nance.

Comment pré­ten­dre cons­truire une poli­ti­que péri­na­tale fondée sur l’ensem­ble des com­pé­ten­ces dis­po­ni­bles en lais­sant dans l’ombre plu­sieurs dizai­nes de mil­liers d’infir­miè­res IDE et IPDE qui accom­pa­gnent quo­ti­dien­ne­ment les femmes, les nou­veau-nés et leurs famil­les ?

Le par­cours péri­na­tal ne com­mence pas le jour de l’accou­che­ment et ne s’achève pas à la sortie de la mater­nité. Il s’ins­crit dans une conti­nuité allant de la pré­pa­ra­tion à la gros­sesse jusqu’aux pre­miè­res années de vie de l’enfant. Cette conti­nuité repose sur une coo­pé­ra­tion entre de nom­breux pro­fes­sion­nels, dont les infir­miè­res cons­ti­tuent un maillon essen­tiel.

Le Collège Infirmier Français CIF, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI, le Syndicat National des Puéricultrices Diplômées d’Etat SNPDE et le Collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice CJSIP deman­dent que la pour­suite des tra­vaux de la mis­sion per­mette :
– de reconnaî­tre expli­ci­te­ment les infir­miè­res et les infir­miè­res pué­ri­cultri­ces comme acteurs de la poli­ti­que natio­nale de péri­na­ta­lité ;
– de garan­tir leur repré­sen­ta­tion au sein de la future ins­tance natio­nale de la péri­na­ta­lité ;
– d’inté­grer plei­ne­ment leurs com­pé­ten­ces dans la révi­sion des décrets de péri­na­ta­lité et dans les futurs réfé­ren­tiels de qua­lité élaborés avec la Haute Autorité de santé ;
– de ren­for­cer les effec­tifs infir­miers et de pué­ri­cultri­ces dans les mater­ni­tés, les ser­vi­ces de néo­na­to­lo­gie, les PMI, la santé sco­laire, les PASS mère-enfant et les dis­po­si­tifs de suivi à domi­cile.

La santé périnatale est l’affaire d’équipes.

Reconnaître tous les pro­fes­sion­nels qui les com­po­sent n’est pas une ques­tion de com­mu­ni­ca­tion. C’est une condi­tion indis­pen­sa­ble pour cons­truire une poli­ti­que publi­que cohé­rente, effi­cace et fidèle à la réa­lité du ter­rain.

Cette invi­si­bi­li­sa­tion est d’autant plus sur­pre­nante que les infir­miè­res sont aujourd’hui reconnues par la loi du 27 juin 2025 comme des pro­fes­sion­nel­les exer­çant des consul­ta­tions infir­miè­res, assu­rant des mis­sions de pré­ven­tion, de coor­di­na­tion, d’éducation à la santé et d’orien­ta­tion. Au moment même où leurs com­pé­ten­ces sont ren­for­cées par le légis­la­teur, les oublier dans une stra­té­gie natio­nale de péri­na­ta­lité cons­ti­tue un signal para­doxal envoyé à toute une pro­fes­sion.

Le Collège Infirmier Français CIF, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI, le Syndicat National des Puéricultrices Diplômées d’Etat SNPDE et le Collectif Je Suis Infirmière Puéricultrice CJSIP res­te­ront plei­ne­ment mobi­lisé pour que les infir­miè­res géné­ra­lis­tes et les infir­miè­res pué­ri­cultri­ces pren­nent toute leur place dans les tra­vaux qui se pour­sui­vront jusqu’à l’automne.

Partager l'article
     



Rechercher sur le site


Dialoguer avec nous sur Facebook
Nous suivre sur Twitter
Nous suivre sur LinkedIn
Suivre notre Flux RSS

Ratios infirmiers, nouvelles compétences, recherche : ce que la France peut apprendre des autres pays (SIDIIEF)

Les enjeux infirmiers dépassent les frontières. Les réponses aussi doivent se construire (…)

Le désert médical cache-t-il un désert infirmier ?

On parle depuis vingt ans des déserts médicaux. Et si nous avions oublié de regarder les déserts (…)

Méga-incendies, cyclones, inondations : les infirmières sont là quand le système est débordé

La prochaine crise ne nous demandera pas si nous sommes prêts. Et surtout, les crises ne sont (…)

Maladies neurodégénératives : pour changer d’échelle, mobilisons les 640.000 infirmières

1,6 million de personnes vivent aujourd’hui en France avec une maladie neurodégénérative. Elles (…)

Infirmières à l’hôpital : moins de pouvoir d’achat, plus de patients, jusqu’où peut-on tenir ?

Une infirmière hospitalière française commence sa carrière avec environ 1.945 euros de (…)

Canicule : transformons la mobilisation citoyenne en décisions politiques

Pompiers, infirmiers, associations environnementales, organisations de solidarité et citoyens (…)