10 propositions SNPI pour la prévention locale

10 propositions infirmières pour la prévention locale

28 avril 2026

De l’intention à l’action, structurer une prévention de proximité efficace et durable. Utilisons les compétences infirmières pour agir sur le terrain.

La pré­ven­tion est aujourd’hui une prio­rité affi­chée. Pourtant, sur le ter­rain, elle reste encore trop sou­vent frag­men­tée, dépen­dante des ini­tia­ti­ves loca­les et contrainte par le manque de temps soi­gnant. Les textes récents ouvrent une oppor­tu­nité réelle. Encore faut-il la tra­duire en orga­ni­sa­tion concrète, au plus près des popu­la­tions.

À partir des tra­vaux portés par la pro­fes­sion infir­mière et des orien­ta­tions natio­na­les et inter­na­tio­na­les (OMS, OCDE, DREES), voici 10 pro­po­si­tions opé­ra­tion­nel­les du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI, pour struc­tu­rer une pré­ven­tion locale lisi­ble, équitable et effi­cace.

1. Généraliser la consultation infirmière de prévention

Faire de la consul­ta­tion infir­mière un point d’entrée struc­turé dans tous les ter­ri­toi­res, acces­si­ble en ville comme en struc­ture. Cette consul­ta­tion doit repo­ser sur une évaluation cli­ni­que glo­bale : anté­cé­dents, envi­ron­ne­ment, habi­tu­des de vie, fac­teurs psy­cho­so­ciaux et niveau de com­pré­hen­sion en santé.

Elle permet de for­ma­li­ser un diag­nos­tic infir­mier, de défi­nir des objec­tifs per­son­na­li­sés et de cons­truire un plan de pré­ven­tion adapté, incluant éducation, orien­ta­tion et suivi.

👉 Objectif : passer d’une pré­ven­tion oppor­tu­niste à une démar­che cli­ni­que conti­nue, tracée et réé­va­luée dans le temps.

2. Déployer des infirmières référentes de parcours

Attribuer une "infir­mière réfé­rente" aux per­son­nes les plus à risque : aujourd’hui limi­tée aux patients en ALD, cette mesure doit cibler tous patients atteints de mala­dies chro­ni­ques, per­son­nes âgées fra­gi­les, publics pré­cai­res ou en situa­tion de han­di­cap

Cette réfé­rente assure le suivi dans la durée, coor­donne les inter­ven­tions, anti­cipe les rup­tu­res et reste un point de contact iden­ti­fia­ble pour le patient et ses pro­ches.

👉 Objectif : sécu­ri­ser les par­cours, éviter les décom­pen­sa­tions et réduire les hos­pi­ta­li­sa­tions évitables liées aux rup­tu­res de suivi.

3. Organiser l’« aller-vers » comme mission financée et planifiée

Intégrer dans les orga­ni­sa­tions ter­ri­to­ria­les des temps dédiés à la pré­ven­tion hors les murs : visi­tes à domi­cile, actions dans les écoles, inter­ven­tions en quar­tiers prio­ri­tai­res, en struc­tu­res médico-socia­les ou en entre­pri­ses.

Ces actions doi­vent être reconnues, pla­ni­fiées et finan­cées, et non lais­sées à la seule ini­tia­tive des équipes.

👉 Objectif : attein­dre les publics éloignés du sys­tème de santé et réduire les iné­ga­li­tés socia­les et ter­ri­to­ria­les de santé.

4. Créer des bilans de prévention territorialisés et réguliers

Au delà de ceux exis­tants, mettre en place des bilans de pré­ven­tion adap­tés aux besoins locaux : repé­rage des ris­ques cardio-méta­bo­li­ques, de la fra­gi­lité, de la santé men­tale, des addic­tions ou des trou­bles nutri­tion­nels.

Ces bilans doi­vent être répé­tés à inter­val­les régu­liers et inté­grés dans un par­cours coor­donné.

👉 Objectif : détec­ter pré­co­ce­ment les situa­tions à risque et adap­ter les stra­té­gies de pré­ven­tion aux spé­ci­fi­ci­tés des ter­ri­toi­res.

5. Structurer la coordination autour du premier recours

Faire des struc­tu­res de proxi­mité (réseau France Santé, CPTS, mai­sons de santé) de véri­ta­bles pla­te­for­mes de pré­ven­tion, avec des pro­to­co­les clairs de coor­di­na­tion et de par­tage d’infor­ma­tions.

Cela impli­que une arti­cu­la­tion effec­tive entre les acteurs : soins de ville, hôpi­tal, médico-social, santé sco­laire et santé au tra­vail.

👉 Objectif : éviter la dis­per­sion des dis­po­si­tifs et garan­tir la conti­nuité des par­cours de pré­ven­tion.

6. Renforcer massivement les compétences en éducation à la santé

Déployer des pro­gram­mes struc­tu­rés d’éducation à la santé et d’éducation thé­ra­peu­ti­que, adap­tés aux dif­fé­rents publics et contex­tes, en uti­li­sant mieux les com­pé­ten­ces des 640.000 infir­miè­res.

Ces pro­gram­mes doi­vent inté­grer la lit­té­ra­tie en santé, les déter­mi­nants sociaux et les réa­li­tés de vie des per­son­nes.

👉 Objectif : déve­lop­per le pou­voir d’agir, amé­lio­rer l’obser­vance et favo­ri­ser des chan­ge­ments dura­bles de com­por­te­ments.

7. Développer la prescription infirmière en prévention

Permettre aux infir­miè­res, dans un cadre sécu­risé et coor­donné, de pres­crire cer­tains exa­mens de dépis­tage, bilans bio­lo­gi­ques ciblés ou inter­ven­tions pré­ven­ti­ves.

Cette évolution doit s’ins­crire dans le rai­son­ne­ment cli­ni­que et être accom­pa­gnée d’une tra­ça­bi­lité et d’une coor­di­na­tion avec les autres soi­gnants.

👉 Objectif : accé­lé­rer le repé­rage pré­coce, flui­di­fier les par­cours et réduire les délais d’accès aux actions de pré­ven­tion.

8. Intégrer des indicateurs de prévention utiles et transparents

Mettre en place des indi­ca­teurs cen­trés sur les résul­tats réels : hos­pi­ta­li­sa­tions évitables, rup­tu­res de par­cours, renon­ce­ments aux soins, qua­lité de vie et satis­fac­tion des patients.

Ces indi­ca­teurs doi­vent être par­ta­gés au niveau ter­ri­to­rial et uti­li­sés pour pilo­ter les poli­ti­ques de pré­ven­tion.

👉 Objectif : mesu­rer l’impact concret des actions et orien­ter les déci­sions sur des don­nées utiles.

9. Sanctuariser du temps soignant dédié à la prévention

Intégrer dans les orga­ni­sa­tions des établissements de santé, des temps iden­ti­fiés pour la pré­ven­tion : consul­ta­tions, coor­di­na­tion, suivi, éducation à la santé.

Ce temps doit être reconnu, financé et pro­tégé, afin d’éviter que la pré­ven­tion ne soit relé­guée der­rière les urgen­ces du quo­ti­dien.

👉 Objectif : rendre la pré­ven­tion réel­le­ment pra­ti­ca­ble et non sim­ple­ment décla­ra­tive.

10. Reconnaître la relation de soin comme levier central de prévention

Valoriser la dimen­sion rela­tion­nelle du soin (écoute, confiance, rela­tion d’aide, accom­pa­gne­ment dans la durée) comme un élément struc­tu­rant de la pré­ven­tion.

Cette rela­tion permet l’adhé­sion, la com­pré­hen­sion et l’enga­ge­ment des per­son­nes dans leur par­cours de santé.

👉 Objectif : ren­for­cer l’effi­ca­cité des actions de pré­ven­tion et réduire les iné­ga­li­tés de santé liées aux dif­fé­ren­ces d’accès à l’infor­ma­tion et au soin.

Une transformation à portée de décision

Ces pro­po­si­tions ne relè­vent pas de l’inno­va­tion théo­ri­que. Elles s’appuient sur des pra­ti­ques déjà exis­tan­tes, por­tées au quo­ti­dien par la pro­fes­sion infir­mière.

L’enjeu est désor­mais clair : donner à la pré­ven­tion un cadre, des moyens et une orga­ni­sa­tion cohé­rente dans les ter­ri­toi­res. Car pré­ve­nir effi­ca­ce­ment ne consiste pas à mul­ti­plier les dis­po­si­tifs. C’est struc­tu­rer un sys­tème capa­ble d’aller vers les per­son­nes, de les accom­pa­gner dans la durée et de coor­don­ner les répon­ses.

Autrement dit, faire de la pré­ven­tion non plus une ambi­tion affi­chée, mais une pra­ti­que quo­ti­dienne, visi­ble et acces­si­ble à tous.

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