Eau potable, pesticides, PFAS : le syndicat infirmier s’inquiète pour la santé des patients

Eau potable, pesticides, PFAS : le syndicat infirmier s’inquiète pour la santé des patients

5 juin 2026

Chaque jour, nous deman­dons à nos patients de boire davan­tage d’eau. Mais pou­vons-nous encore consi­dé­rer comme anodin ce que contient cette eau ? La ques­tion n’est plus celle d’une pol­lu­tion acci­den­telle ou loca­li­sée. Elle est deve­nue celle d’une conta­mi­na­tion dif­fuse, chro­ni­que et lar­ge­ment docu­men­tée de notre envi­ron­ne­ment quo­ti­dien.

Après l’alerte lancée sur le cad­mium pré­sent dans l’ali­men­ta­tion, la Conférence natio­nale des URPS-Médecins Libéraux vient d’inter­pel­ler le gou­ver­ne­ment sur un autre enjeu majeur de santé publi­que : la pol­lu­tion chi­mi­que de l’eau pota­ble par les pes­ti­ci­des, les PFAS et les micro­plas­ti­ques. La Fondation pour la Recherche Médicale a publié simul­ta­né­ment une note rap­pe­lant que les connais­san­ces scien­ti­fi­ques sur les liens entre envi­ron­ne­ment et santé pro­gres­sent rapi­de­ment et que les méca­nis­mes bio­lo­gi­ques de nom­breux effets sont désor­mais mieux com­pris.

Pour le Syndicat National des Professionnels Infirmiers, cette alerte est impor­tante. Car der­rière les chif­fres se trou­vent des patients. Et der­rière les pol­luants se trou­vent des mala­dies que nous ren­controns chaque jour dans nos pra­ti­ques.

Une exposition massive qui ne concerne plus seulement quelques territoires

Les don­nées offi­ciel­les du minis­tère de la Santé sont sans ambi­guïté. En 2024, plus de 19 mil­lions de Français ont été ali­men­tés au moins une fois par une eau non conforme en raison de la pré­sence de pes­ti­ci­des. Près d’un Français sur trois est donc concerné.

À cela s’ajoute un autre signal préoc­cu­pant : les résul­tats de la cam­pa­gne natio­nale de mesure menée par l’Anses entre 2023 et 2025 mon­trent la pré­sence d’acide tri­fluo­roa­cé­ti­que (TFA) dans 92 % des échantillons ana­ly­sés.

Le TFA est un membre de la famille des PFAS, ces « pol­luants éternels » par­ti­cu­liè­re­ment per­sis­tants dans l’envi­ron­ne­ment. Son omni­pré­sence illus­tre une réa­lité inquié­tante : nous décou­vrons pro­gres­si­ve­ment l’ampleur d’une conta­mi­na­tion qui s’est cons­truite silen­cieu­se­ment pen­dant plu­sieurs décen­nies.

Plus préoc­cu­pant encore, seuls quel­ques dizai­nes de PFAS sont aujourd’hui sur­veillés alors que cette famille compte plu­sieurs mil­liers de sub­stan­ces. Autrement dit, nous ne regar­dons encore qu’une partie du pro­blème.

Les effets sanitaires ne peuvent plus être réduits à de simples hypothèses

Pendant long­temps, les débats ont opposé ceux qui récla­maient davan­tage de preu­ves à ceux qui deman­daient davan­tage de pré­cau­tion.

Aujourd’hui, la situa­tion évolue. Les tra­vaux scien­ti­fi­ques accu­mu­lés ces der­niè­res années docu­men­tent de mieux en mieux les méca­nis­mes bio­lo­gi­ques impli­qués.

Les liens sont étudiés avec dif­fé­rents types de can­cers, cer­tai­nes mala­dies car­dio­vas­cu­lai­res, des trou­bles endo­cri­niens, des attein­tes de la fer­ti­lité, des per­tur­ba­tions immu­ni­tai­res ou encore des trou­bles du neu­ro­dé­ve­lop­pe­ment.

Les recher­ches s’inté­res­sent également aux expo­si­tions pen­dant la gros­sesse et aux consé­quen­ces pos­si­bles sur le déve­lop­pe­ment de l’enfant.

La Fondation pour la Recherche Médicale rap­pelle aussi l’impor­tance crois­sante des « effets cock­tail ».

Dans la vie réelle, per­sonne n’est exposé à une seule sub­stance. Nous sommes expo­sés simul­ta­né­ment à de mul­ti­ples conta­mi­nants pré­sents dans l’air, l’eau, l’ali­men­ta­tion ou cer­tains pro­duits de consom­ma­tion.

Or les évaluations régle­men­tai­res conti­nuent sou­vent d’ana­ly­ser les sub­stan­ces sépa­ré­ment. Cette appro­che ne reflète plus la réa­lité des expo­si­tions quo­ti­dien­nes.

Les soignants voient les conséquences sur la population

Les infir­miè­res sont aux pre­miè­res loges. Nous accom­pa­gnons les per­son­nes attein­tes de mala­dies chro­ni­ques. Nous par­ti­ci­pons aux par­cours de can­cé­ro­lo­gie. Nous sui­vons les femmes encein­tes, les per­son­nes âgées, les enfants vul­né­ra­bles. Nous obser­vons la pro­gres­sion des mala­dies car­dio­vas­cu­lai­res, méta­bo­li­ques, neu­ro­lo­gi­ques ou res­pi­ra­toi­res.

Bien sûr, aucune patho­lo­gie ne peut être attri­buée auto­ma­ti­que­ment à un seul pol­luant. La santé résulte tou­jours de mul­ti­ples déter­mi­nants. Mais il devient dif­fi­cile d’igno­rer le rôle crois­sant de l’envi­ron­ne­ment dans l’état de santé des popu­la­tions.

Nous savons aujourd’hui que la pré­ven­tion ne peut plus se limi­ter aux com­por­te­ments indi­vi­duels. Demander à chacun de mieux manger, de mieux dormir ou de pra­ti­quer davan­tage d’acti­vité phy­si­que reste indis­pen­sa­ble.

Mais la pré­ven­tion doit également agir sur les expo­si­tions envi­ron­ne­men­ta­les qui échappent lar­ge­ment au contrôle indi­vi­duel. Aucun patient ne choi­sit la com­po­si­tion chi­mi­que de l’eau qui arrive à son robi­net.

Une question de justice sociale et de santé publique

Comme sou­vent, les popu­la­tions les plus fra­gi­les sont les plus expo­sées. Les ména­ges modes­tes dis­po­sent de moins de solu­tions alter­na­ti­ves. Certaines col­lec­ti­vi­tés rura­les dis­po­sent de moyens plus limi­tés pour inves­tir dans les trai­te­ments les plus per­for­mants.

Les per­son­nes souf­frant déjà de mala­dies chro­ni­ques sont sou­vent les plus vul­né­ra­bles aux effets cumu­lés des pol­lu­tions envi­ron­ne­men­ta­les.

Cette situa­tion pose une ques­tion fon­da­men­tale de jus­tice sani­taire.

L’accès à une eau de qua­lité ne devrait pas dépen­dre du lieu d’habi­ta­tion ou des res­sour­ces finan­ciè­res. L’eau pota­ble est un bien commun. Sa pro­tec­tion relève d’une res­pon­sa­bi­lité col­lec­tive.

Il faut agir à la source

Le débat public se concen­tre sou­vent sur les tech­no­lo­gies de fil­tra­tion. Elles sont néces­sai­res. Mais elles ne suf­fi­ront pas. Le trai­te­ment de l’eau inter­vient après la conta­mi­na­tion.

La prio­rité doit rester la pré­ven­tion à la source. Réduire les émissions de PFAS. Limiter l’uti­li­sa­tion des sub­stan­ces les plus préoc­cu­pan­tes. Mieux pro­té­ger les cap­ta­ges d’eau pota­ble.

Accélérer la tran­si­tion vers des pra­ti­ques agri­co­les moins dépen­dan­tes des pes­ti­ci­des. Sur ce point, les argu­ments du « ce n’est pas pos­si­ble » devien­nent de plus en plus dif­fi­ci­les à sou­te­nir. Les tra­vaux de l’INRAE ont montré qu’une agri­culture sans pes­ti­ci­des est tech­ni­que­ment envi­sa­gea­ble dans de nom­breu­ses situa­tions, sous cer­tai­nes condi­tions d’accom­pa­gne­ment et d’orga­ni­sa­tion.

La ques­tion n’est donc plus uni­que­ment tech­ni­que. Elle est deve­nue poli­ti­que.

Faire de la santé environnementale une priorité nationale

Le SNPI défend depuis plu­sieurs années une appro­che plus ambi­tieuse de la pré­ven­tion. Prévenir ne consiste pas seu­le­ment à éviter les mala­dies. Prévenir consiste aussi à créer des envi­ron­ne­ments favo­ra­bles à la santé.

L’eau, l’air, l’ali­men­ta­tion, le loge­ment ou les condi­tions de tra­vail doi­vent être consi­dé­rés comme des déter­mi­nants majeurs de santé publi­que.

Nous appe­lons donc les pou­voirs publics à :
 ren­for­cer la sur­veillance des conta­mi­nants émergents ;
 élargir les sub­stan­ces recher­chées dans l’eau pota­ble ;
 appli­quer plei­ne­ment le prin­cipe de pré­cau­tion lors­que les don­nées scien­ti­fi­ques conver­gent ;
 inves­tir dans la pro­tec­tion des cap­ta­ges ;
 accé­lé­rer la réduc­tion des pol­lu­tions à la source ;
 déve­lop­per la recher­che sur les effets cumu­lés des expo­si­tions ;
 inté­grer davan­tage les soi­gnants aux poli­ti­ques de santé envi­ron­ne­men­tale.

Le coût de l’inaction sera toujours supérieur

L’his­toire de la santé publi­que est rem­plie d’exem­ples simi­lai­res. Amiante. Plomb. Tabac. Perturbateurs endo­cri­niens.

À chaque fois, les signaux d’alerte ont pré­cédé de plu­sieurs années, par­fois de plu­sieurs décen­nies, les déci­sions poli­ti­ques. À chaque fois, le coût humain et finan­cier de l’inac­tion s’est révélé consi­dé­ra­ble.

Nous ne sommes pas condam­nés à repro­duire les mêmes erreurs.

La santé envi­ron­ne­men­tale n’est plus un sujet péri­phé­ri­que réservé aux spé­cia­lis­tes. Elle concerne chaque citoyen. Elle concerne chaque patient. Elle concerne chaque soi­gnant.

Parce que pro­té­ger la qua­lité de l’eau aujourd’hui, c’est pré­ve­nir les mala­dies de demain. Et parce qu’en matière de santé publi­que, atten­dre la cer­ti­tude abso­lue revient sou­vent à agir trop tard.

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