Cancer, diabète, hypertension : encadrer enfin les additifs alimentaires !

Cancer, diabète, hypertension : encadrer enfin les additifs alimentaires !

27 mai 2026

Un soda coloré. Une sauce indus­trielle. Un des­sert ultra-trans­formé. Chaque jour, des mil­lions de Français consom­ment des addi­tifs ali­men­tai­res sans même y penser. Pendant long­temps, ces sub­stan­ces ont été pré­sen­tées comme sûres, parce qu’auto­ri­sées. Oui mais aujourd’hui, les signaux scien­ti­fi­ques s’accu­mu­lent. Et ils devien­nent dif­fi­ci­les à igno­rer.

Trois nou­vel­les études publiées par des équipes de l’Inserm, de l’INRAE, du Cnam et des uni­ver­si­tés Paris Cité et Sorbonne Paris Nord poin­tent des asso­cia­tions entre cer­tains addi­tifs ali­men­tai­res et une aug­men­ta­tion du risque de can­cers, de dia­bète de type 2, d’hyper­ten­sion arté­rielle et de mala­dies car­dio­vas­cu­lai­res.

Ces tra­vaux ne repo­sent pas sur quel­ques obser­va­tions iso­lées. Ils s’appuient sur la cohorte fran­çaise NutriNet-Santé, l’une des plus impor­tan­tes au monde dans le domaine de l’épidémiologie nutri­tion­nelle, avec plus de 100 000 par­ti­ci­pants suivis pen­dant plu­sieurs années.
https://presse.inserm.fr/colo­rants-conser­va­teurs-trois-nou­vel­les-etudes-poin­tent-des-liens-entre-addi­tifs-ali­men­tai­res-et-risque-accru-de-cancer-de-mala­dies-car­dio­vas­cu­lai­res-et-dhy­per­ten­sion/72858/

Le sujet n’est donc plus mar­gi­nal. Il devient un véri­ta­ble enjeu de santé publi­que.

Ce que montrent les études

Les cher­cheurs ont étudié les liens entre l’expo­si­tion aux colo­rants ali­men­tai­res et aux conser­va­teurs, très pré­sents dans les ali­ments ultra-trans­for­més, et l’appa­ri­tion de mala­dies chro­ni­ques. Les résul­tats sont préoc­cu­pants.

Une consom­ma­tion élevée de colo­rants ali­men­tai­res a été asso­ciée à une aug­men­ta­tion de 38 % du risque de dia­bète de type 2. Certains addi­tifs spé­ci­fi­ques, comme le cara­mel ordi­naire (E150a), le bêta-caro­tène uti­lisé comme addi­tif (E160a) ou encore la cur­cu­mine (E100), étaient par­ti­cu­liè­re­ment concer­nés. Les mêmes tra­vaux mon­trent également une asso­cia­tion entre ces colo­rants et une hausse du risque global de cancer de 14 %, avec une aug­men­ta­tion encore plus mar­quée pour le cancer du sein post-méno­pause.

Concernant les conser­va­teurs, les cher­cheurs obser­vent une aug­men­ta­tion du risque d’hyper­ten­sion et de mala­dies car­dio­vas­cu­lai­res chez les plus gros consom­ma­teurs. Les nitri­tes, sul­fi­tes, sor­ba­tes ou cer­tains addi­tifs anti­oxy­dants sont par­ti­cu­liè­re­ment cités. Plusieurs avaient déjà été sus­pec­tés dans de pré­cé­dents tra­vaux concer­nant les can­cers diges­tifs ou les trou­bles méta­bo­li­ques.

Lorsque les signaux conver­gent, sur plu­sieurs études, plu­sieurs patho­lo­gies et plu­sieurs famil­les d’addi­tifs, conti­nuer à atten­dre devient aussi une déci­sion poli­ti­que.

Le vrai problème : l’ultra-transformation du quotidien

Le sujet dépasse lar­ge­ment la simple ques­tion d’un addi­tif isolé. Ces sub­stan­ces sont sur­tout les mar­queurs d’une ali­men­ta­tion ultra-trans­for­mée deve­nue omni­pré­sente.

Aujourd’hui, dans de nom­breux pays occi­den­taux, 30 à 60 % des apports énergétiques pro­vien­nent d’ali­ments ultra-trans­for­més. Produits prêts à consom­mer. Snacks indus­triels. Desserts recons­ti­tués. Boissons sucrées ou édulcorées. Charcuteries indus­triel­les. Sauces. Plats pré­pa­rés.

Le pro­blème n’est pas seu­le­ment nutri­tion­nel. Il est sys­té­mi­que. Parce que ces pro­duits cumu­lent sou­vent :
 excès de sucre, et de sel,
 mau­vai­ses grais­ses,
 addi­tifs mul­ti­ples,
 appau­vris­se­ment nutri­tion­nel,
 embal­la­ges omni­pré­sents, mar­ke­ting agres­sif.

Et parce qu’ils ciblent sou­vent les popu­la­tions les plus vul­né­ra­bles socia­le­ment.

Manger sai­ne­ment coûte plus cher, demande plus de temps, plus d’éducation nutri­tion­nelle et par­fois sim­ple­ment un meilleur accès aux pro­duits frais. Derrière les addi­tifs ali­men­tai­res, il existe donc aussi une ques­tion d’iné­ga­li­tés socia­les de santé.

Les soignants voient déjà les conséquences

Pour les infir­miè­res et les soi­gnants, ces résul­tats ne sont pas abs­traits. Nous voyons chaque jour pro­gres­ser le dia­bète de type 2, l’obé­sité, l’hyper­ten­sion, les mala­dies car­dio­vas­cu­lai­res, cer­tains can­cers liés aux modes de vie.

Nous accom­pa­gnons les com­pli­ca­tions évitables : plaies chro­ni­ques, insuf­fi­sance car­dia­que, AVC, ampu­ta­tions, perte d’auto­no­mie, dia­lyse, poly­pa­tho­lo­gies.

Et pour­tant, notre sys­tème conti­nue d’inves­tir mas­si­ve­ment dans le soin cura­tif, tout en res­tant trop timide sur la pré­ven­tion envi­ron­ne­men­tale et nutri­tion­nelle. On conti­nue à trai­ter les consé­quen­ces sans réduire suf­fi­sam­ment les expo­si­tions.

La prévention ne peut plus rester symbolique

Depuis plu­sieurs années, les auto­ri­tés sani­tai­res appel­lent à réduire la consom­ma­tion d’ali­ments ultra-trans­for­més. L’OMS, de nom­breu­ses agen­ces euro­péen­nes et plu­sieurs socié­tés savan­tes aler­tent sur leurs effets sani­tai­res.

Mais dans les faits, les mesu­res res­tent limi­tées.

L’infor­ma­tion nutri­tion­nelle demeure com­plexe pour une grande partie de la popu­la­tion. Les addi­tifs res­tent sou­vent incom­pré­hen­si­bles pour les consom­ma­teurs. Et l’indus­trie agroa­li­men­taire conserve une puis­sance consi­dé­ra­ble dans les arbi­tra­ges régle­men­tai­res.

La ques­tion devient donc simple : com­bien de signaux faudra-t-il encore avant de ren­for­cer réel­le­ment les poli­ti­ques publi­ques ?
Faut-il atten­dre des décen­nies sup­plé­men­tai­res comme pour le tabac ?
Ou consi­dé­rer enfin que la pré­ven­tion nutri­tion­nelle mérite des mesu­res fortes ?

Une autre politique de santé est possible

La pré­ven­tion ne peut pas repo­ser uni­que­ment sur la res­pon­sa­bi­lité indi­vi­duelle.

Elle sup­pose :
 une régu­la­tion plus ambi­tieuse des addi­tifs les plus à risque ;
 une meilleure infor­ma­tion des consom­ma­teurs ;
 une fis­ca­lité cohé­rente avec les objec­tifs de santé publi­que ;
 un sou­tien massif à l’ali­men­ta­tion de qua­lité ;
 une poli­ti­que ambi­tieuse de santé envi­ron­ne­men­tale ;
 une éducation nutri­tion­nelle dès l’enfance.

Et les infir­miè­res ont toute leur place dans cette stra­té­gie. Parce que notre rôle ne se limite pas au soin tech­ni­que. Nous sommes aussi des acteurs de pré­ven­tion, d’éducation à la santé et de santé envi­ron­ne­men­tale.

Les éco-infir­miè­res, notam­ment, rap­pel­lent depuis long­temps que l’envi­ron­ne­ment, l’ali­men­ta­tion et les condi­tions de vie façon­nent direc­te­ment l’état de santé des popu­la­tions.

La santé publi­que ne com­mence pas seu­le­ment à l’hôpi­tal. Elle com­mence dans les assiet­tes, dans les écoles, dans les ter­ri­toi­res et dans les choix col­lec­tifs que nous accep­tons de faire.

Ces nou­vel­les études ne doi­vent pas pro­vo­quer une pani­que ali­men­taire. Mais elles doi­vent pro­vo­quer une prise de cons­cience. Parce qu’à force d’atten­dre des preu­ves abso­lues sur chaque sub­stance, nous ris­quons sur­tout d’accu­mu­ler des cer­ti­tu­des sur les consé­quen­ces humai­nes.

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