Certification périodique : référentiel CNPI pour l’infirmière généraliste
18 janvier 2026
La certification périodique des infirmières constitue désormais un levier central de qualité, de sécurité et d’éthique du soin. C’est une opportunité de reconnaissance des compétences et non pas un simple exercice administratif. Le référentiel élaboré par le Conseil National Professionnel Infirmier (CNPI) pour l’infirmière diplômée d’État généraliste pose un cadre ancré dans les réalités cliniques, organisationnelles et sociétales du soin infirmier.
Un cadre juridique clair, une obligation professionnelle assumée
Inscrite dans l’ordonnance du 19 juillet 2021 et dans la loi « Ma santé 2022 », la certification périodique concerne sept professions de santé à ordre, dont les infirmières. Tous les six ans, chaque professionnel doit attester d’actions couvrant quatre axes : actualisation des connaissances et compétences, qualité des pratiques professionnelles, relation avec les personnes soignées, et prise en compte de sa propre santé. Le référentiel CNPI s’inscrit strictement dans le cadre défini par la Haute Autorité de santé, tout en affirmant une lecture disciplinaire forte du métier infirmier.
Une méthode de construction exigeante et collective
Le référentiel reflète un travail de fond engagé dès 2022, associant les cinq CNP infirmiers, des représentants de tous les modes d’exercice et des usagers, et objet d’échanges réguliers avec la DGOS. Il repose sur une analyse des pratiques réelles, des données probantes nationales et internationales, ainsi que sur les travaux menés parallèlement dans le cadre de la réforme du métier socle infirmier. Cette méthode garantit un référentiel évolutif, cohérent avec les compétences réellement mobilisées sur le terrain, respectueux de l’indépendance professionnelle et scientifique.
Une profession pensée comme discipline clinique à part entière
Le référentiel rappelle avec force que la profession infirmière s’appuie sur des ancrages disciplinaires solides. Les sciences infirmières, les sciences humaines et sociales, les sciences biomédicales et le droit structurent le raisonnement clinique infirmier. La compétence n’y est jamais réduite à l’exécution d’actes : elle est définie comme un savoir-agir combinatoire, mobilisant des ressources cognitives, techniques et relationnelles dans des contextes complexes et souvent incertains. Cette approche étaye la décision infirmière, la pratique fondée sur les données probantes et la responsabilité clinique.
Quatre axes, une logique de parcours et non de contrôle
Les quatre axes de certification sont déclinés de manière opérationnelle, sans logique prescriptive rigide. Chaque infirmière construit son parcours en fonction de son exercice réel et de ses perspectives professionnelles.
– L’axe 1 vise l’actualisation des connaissances : raisonnement clinique, recherche, leadership, numérique en santé, intelligence artificielle. La formation est un levier parmi d’autres, aux côtés des activités infirmières de l’enseignement, de la recherche, de l’expertise ou du tutorat.
– L’axe 2 concerne la qualité et la sécurité des soins. Il met l’accent sur l’analyse des pratiques, la gestion des risques, la culture de la déclaration des événements indésirables, et le travail en équipe pluriprofessionnelle. La qualité est pensée comme une construction collective et individuelle.
– L’axe 3 affirme la centralité de la relation soignant-soigné. Communication thérapeutique, droits des patients, démocratie en santé, accompagnement des vulnérabilités, prévention des violences et de la maltraitance : cet axe consacre la relation comme un soin à part entière.
– L’axe 4, enfin, reconnaît la santé des professionnels comme condition de la qualité des soins. Identification et prévention des risques associés aux activités, prévention de l’épuisement, des troubles musculo-squelettiques, des risques psychosociaux : le soin de soi devient une responsabilité professionnelle légitime s’intégrant dans les organisations notamment de travail.
Un référentiel porteur de sens et de reconnaissance
Ce référentiel propose une vision exigeante et humaniste du développement professionnel continu infirmier. Il reconnaît la diversité des engagements, valorise l’expérience, la transmission, la recherche et le plaidoyer pour les personnes soignées quel que soit le lieu de vie et de soins. Il offre surtout un cadre pour redonner du sens à l’obligation, en la reliant directement à la sécurité des soins, à la qualité des parcours et à la reconnaissance du rôle infirmier en santé publique.
Le salarié doit accomplir l’obligation de certification périodique, mais l’employeur doit :
– lui permettre d’accéder à des actions compatibles avec cette obligation ;
– accepter (sur la base d’un accord) le choix des actions envisagées ;
– financer la formation quand elle est organisée dans le cadre professionnel.
L’employeur ne peut pas renvoyer la charge financière sur le salarié pour des formations qui répondent à une obligation professionnelle directement liée à son poste sans une compensation ou un accord écrit (principe général du droit du travail). La formation obligatoire du salarié doit être financée par l’employeur.
Le professionnel est acteur et responsable de sa certification périodique et l’employeur doit lui en faciliter l’accès, que ce soit au niveau financier et offre de formation.
Le CNPI, garant d’un accompagnement équitable et réaliste des parcours
Outre la définition des attendus, le rôle du CNPI inclut un accompagnement actif des infirmières rencontrant des difficultés à remplir leur programme minimal d’actions. Difficultés à appréhender le dispositif dans le cadre de son exercice du moment ou à venir, d’accès à la formation, contraintes organisationnelles, isolement professionnel, surcharge de travail, exercice en zones sous-dotées ou en modes dégradés : ces réalités sont explicitement prises en compte.
Dans cette perspective, la certification périodique constitue un levier de sécurisation des parcours, fondé sur l’identification précoce des obstacles, l’orientation vers des actions adaptées, et la reconnaissance de formes d’engagement souvent invisibilisées : tutorat, analyse de pratiques, implication collective, transmission des savoirs, gestion des risques au quotidien, travaux de publication,...
Le CNPI se positionne ainsi comme tiers de confiance, capable d’aider les infirmières à construire un parcours réaliste, progressif et cohérent avec leur exercice réel, y compris lorsque celui-ci s’inscrit dans des contextes contraints. L’enjeu est clair : maintenir un haut niveau de compétences sans nier les conditions d’exercice.
La certification repose sur un contrat de confiance : la société reconnaît pleinement le rôle clinique, décisionnel et relationnel des infirmières ; en retour, elle doit leur donner les moyens effectifs (organisationnels, pédagogiques et institutionnels) de maintenir et développer leurs compétences au service des personnes soignées et de la qualité des soins.
À l’heure où le système de santé est sous tension, ce référentiel trace une voie claire : investir dans les compétences infirmières tout au long des années d’exercice, c’est une garantie collective et non une simple charge. Reste désormais un enjeu décisif : accompagner réellement les professionnels et les structures pour que la certification périodique devienne un outil de progrès opérationnel.