Le dossier de soins infirmiers
9 février 2013
Le dossier de soins infirmier est bien plus qu’un simple carnet de bord : il incarne la mémoire des soins prodigués, la garantie de leur qualité et la preuve de la continuité des prises en charge. À l’heure où la pluridisciplinarité, la judiciarisation et la transformation numérique redéfinissent les pratiques cliniques, cet outil se réinvente pour rester au cœur de la sécurité et de la coordination des soins.
Introduit en France au début des années 1970, le dossier de soins infirmier a progressivement structuré la traçabilité paramédicale dans les établissements : une nécessité pour assurer la qualité, la continuité et la sécurité des soins. Dès 1978, des textes invitent à organiser ces dossiers, et en 1984 le dossier de soins infirmiers est intégré au rôle propre de l’infirmier ; il devient, au fil des décennies, un instrument incontournable de la démarche clinique infirmière.
Dans sa forme traditionnelle, le dossier de soins était un classeur papier, avec fiches de surveillance, planification, traitements et observations diverses. Aujourd’hui, l’essor des dossiers patients informatisés (DPI) et des outils mobiles transforme son usage et facilite l’accès, la mise à jour et le partage sécurisé des données. Ces évolutions doivent cependant s’accompagner de garanties de confidentialité et d’intégrité, comme le rappelle la CNIL pour les données de santé.
Contribution professionnelle
Le dossier de soins est un pivot de la démarche clinique infirmière. Il permet de :
– transcrire les éléments relatifs au rôle propre infirmier, au projet de soins et au suivi du patient ;
– coordonner les actions des équipes paramédicales autour d’objectifs communs ;
– tracer les prises en charge pour assurer continuité, qualité et sécurité ;
– apprécier l’évolution de l’état de santé du patient ;
– faciliter l’intégration et la coordination des professionnels ;
– fournir des informations au patient et à son entourage, dans le respect du droit d’accès garanti par l’article L. 1111-7 du Code de la santé publique.
La traçabilité qui en résulte est essentielle pour la qualité des pratiques. À défaut de mention claire dans le dossier, un soin est juridiquement réputé ne pas avoir été réalisé, ce qui peut engager la responsabilité de l’établissement ou du professionnel, comme l’illustre une décision de justice récente.
Au-delà de la stricte obligation légale, l’évolution des pratiques vers des soins de plus en plus complexes exige une régulation dynamique du dossier de soins. La numérisation, l’intégration avec le Dossier Médical Partagé et les initiatives de recherche en soins nécessitent des standards de qualité et d’interopérabilité renforcés. La démarche clinique infirmière et les pratiques avancées (de la planification à l’évaluation des soins) s’appuient sur un dossier structuré, précis et accessible à l’ensemble de l’équipe.
Le patient peut à tout moment demander l’accès à son dossier. Il est donc primordial que tous les professionnels de santé, avant d’écrire dans le dossier, se posent la question du partage des informations avec le patient, premier concerné par le contenu.
Renommer le dossier de soins « dossier du patient » illustre une mutation culturelle : la reconnaissance d’une prise en charge intégrée, centrée sur la personne, où le professionnalisme infirmier est non seulement tracé mais valorisé. Reste à penser et à déployer des outils numériques qui renforcent cette contribution, tout en respectant les droits des personnes et les exigences réglementaires d’une traçabilité fiable et sécurisée.