Recherche en soins infirmiers ou recherche en sciences infirmières ?
18 janvier 2026
La confusion entre ces deux notions est fréquente. Elle n’est pas neutre. Elle conditionne la place accordée aux infirmières dans la production de connaissances, le type de financements accessibles et, in fine, l’impact réel sur les politiques de santé.
1) La recherche en soins infirmiers : améliorer les pratiques existantes
La recherche en soins infirmiers est appliquée, contextuelle, directement reliée à l’activité clinique.
Elle vise prioritairement à :
– évaluer des pratiques professionnelles ;
– améliorer la qualité et la sécurité des soins ;
– adapter ou tester des protocoles, des organisations, des outils ;
– mesurer des résultats cliniques, organisationnels ou vécus par les patients.
Elle s’inscrit souvent dans des démarches de :
– recherche clinique,
– recherche-action,
– évaluation des pratiques professionnelles,
– projets de service ou d’établissement.
👉 Elle est indispensable pour transformer le quotidien du soin.
👉 Mais elle reste le plus souvent inscrite dans un cadre institutionnel existant, sans toujours interroger les fondements disciplinaires du métier.
2) La recherche en sciences infirmières : produire un savoir disciplinaire autonome
La recherche en sciences infirmières relève d’une autre ambition. Elle ne se limite pas à améliorer ce qui existe : elle cherche à comprendre, conceptualiser et théoriser le soin infirmier comme champ scientifique à part entière.
Elle porte sur :
– les réponses humaines à la maladie, à la vulnérabilité, à la dépendance ;
– la relation de soin comme processus thérapeutique ;
– le raisonnement clinique infirmier et la décision autonome ;
– les modèles conceptuels du soin, du prendre soin, de l’accompagnement ;
– les dimensions éthiques, sociales, culturelles, environnementales du soin.
Elle mobilise :
– des méthodologies quantitatives et qualitatives,
– des approches interdisciplinaires,
– des cadres théoriques propres à la discipline infirmière.
👉 Son objectif n’est pas seulement l’amélioration locale, mais la production de connaissances généralisables, transférables, publiables au niveau international.
👉 C’est elle qui fonde la légitimité universitaire, les filières doctorales, les carrières académiques infirmières.
3) Une articulation nécessaire, mais pas une substitution
Opposer ces deux formes de recherche serait une erreur. Les confondre en est une autre.
La recherche en soins infirmiers sans sciences infirmières risque de rester technique, fragmentée, dépendante de cadres extérieurs.
La recherche en sciences infirmières sans ancrage clinique perdrait sa pertinence sociale et sanitaire.
Les pays les plus avancés (Canada, pays nordiques, Australie) ont construit une chaîne cohérente : sciences infirmières → recherche clinique infirmière → transformation des pratiques → impact populationnel.
C’est précisément ce chaînon que la France peine encore à structurer.
4) Enjeu politique et stratégique pour la France
Reconnaître clairement cette distinction, c’est :
– justifier l’existence de chaires universitaires infirmières ;
– sécuriser des financements dédiés ;
– créer des postes clinico-académiques ;
– sortir la recherche infirmière d’une logique de “supplément d’âme” ou de “bonne volonté”.
C’est aussi un enjeu de souveraineté sanitaire : un système de santé qui ne produit pas ses propres connaissances de soin dépend des modèles des autres.
À retenir
La recherche en soins infirmiers optimise les pratiques.
La recherche en sciences infirmières fonde la discipline.
L’une améliore le présent ; l’autre prépare l’avenir.
Les patients ont besoin des deux.