Abandons en IFSI : on dégoûte les étudiants infirmiers qui rêvaient d’aider
22 mars 2026
« On dégoûte ceux qui rêvaient d’aider. » Derrière cette phrase, tout est dit. L’enquête de Ouest-France met en lumière une réalité désormais documentée : la crise de la profession infirmière ne commence pas à l’hôpital. Elle commence en formation. Alors même que plus de 700.000 candidats la placent parmi leurs vœux sur Parcoursup, environ 20% d’abandon. Le paradoxe est clair : l’engagement est là. Le système ne suit pas.
Ce que décrivent les étudiants est constant : un encadrement insuffisant, une pression continue et un apprentissage qui se fait dans des services en tension
Les ratios internationaux sont de 6 et 8 patients par infirmière. Mais en France, on atteint fréquemment 12 à 16 patients, parfois jusqu’à 30 en médecine. Et encore pire de nuit ou en gériatrie. Former dans des équipes en sous-effectif, c’est apprendre dans l’urgence, en mode dégradé.
À cette réalité s’ajoute une autre, tout aussi déterminante.
👉 Rémunération des étudiants en stage : entre 1 € et 1,60 € de l’heure
👉 Salaire débutant : environ 1 900 € nets mensuels, après trois ans d’études exigeantes
Peut-on demander un haut niveau de responsabilité, une forte charge émotionnelle et une disponibilité constante… avec une reconnaissance économique aussi faible ?
Une perte de sens avant même l’entrée dans la vie professionnelle ! Quand les étudiants parlent d’écart entre leurs valeurs et la réalité, ils décrivent un système qui ne permet plus d’exercer correctement.
Selon l’OCDE et le Conseil International des Infirmières, les effectifs infirmiers et les conditions de travail sont directement liés à la sécurité des patients. Former dans de mauvaises conditions, c’est produire de la fragilité systémique :
– Moins de diplômés
– Des départs précoces (près d’un infirmier sur deux quitte la profession dans les dix ans)
– Et une dégradation progressive de l’accès aux soins
Les solutions sont connues :
– Instaurer des ratios
– Donner du temps et des moyens au tutorat et au compagnonnage
– Repenser la formation sur 4 ans pour sécuriser les compétences
– Redonner toute sa place à la relation dans le soin
– Revaloriser les étudiants, et les salaires infirmiers
Le message des étudiants est limpide : ils ne renoncent pas à s’engager. Ils refusent de s’abîmer dans un système qui les empêche de bien faire leur travail.
Former des infirmières, ce n’est pas seulement transmettre des compétences C’est créer les conditions pour qu’elles puissent les exercer. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement un enjeu de formation. C’est un enjeu de sécurité des patients.
Les conditions de travail à l’hôpital, c’est ce que pointe aussi le porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), Thierry Amouroux : La norme européenne est de six à huit patients par infirmier. En France, on est au double. En fin de journée, on a l’impression d’avoir mal fait notre travail. Les tuteurs des stagiaires sont épuisés, alors les étudiants infirmiers s’interrogent : vais-je vraiment passer quarante-deux ans dans ces conditions-là ? Selon lui, en France, il y a 60 000 postes d’infirmiers vacants et la moitié des professionnels lâchent le métier dans les dix ans qui suivent leur diplôme.
Le porte-parole du SNPI, Thierry Amouroux, propose, lui, que la durée des études soit allongée à quatre ans, comme dans d’autres pays : En France, le programme de 4 600 heures doit être digéré en trois ans. Beaucoup d’étudiants qui ont peu de moyens ont du mal à prendre un petit boulot à côté.