Obligation vaccinale des soignants contre la grippe : une exigence éthique de sécurité des patients
9 juin 2026
Le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) réaffirme sa position constante en faveur de la mise en place d’une obligation vaccinale contre la grippe saisonnière pour les soignants exerçant au contact de personnes vulnérables.
Cette position n’est ni nouvelle ni circonstancielle. Elle repose sur un principe simple : la protection des patients les plus fragiles constitue la finalité première du système de santé et l’une des responsabilités fondamentales de tout soignant.
La vaccination antigrippale ne relève pas uniquement d’une protection individuelle. Elle participe également à la réduction du risque de transmission aux personnes dont nous avons la charge.
Une maladie loin d’être bénigne
La grippe saisonnière demeure un problème majeur de santé publique.
La HAS rappelle dans son rapport 2026 qu’elle est responsable chaque année de millions de consultations, de dizaines de milliers d’hospitalisations et d’une mortalité importante. Pour la seule saison 2024-2025, l’excès de mortalité toutes causes confondues associé à la grippe est estimé à plus de 17 600 décès, dont 90 % chez les personnes âgées de 65 ans et plus (page 6).
La grippe ne se limite pas à un syndrome respiratoire aigu. Elle est associée à des complications cardiovasculaires, à une perte d’autonomie et à une aggravation de nombreuses pathologies chroniques (page 6).
Dans les EHPAD, où 75 % des résidents ont plus de 75 ans, les épisodes de grippe ont entraîné entre 2023 et 2026 près de 24 000 résidents malades, près de 1 400 hospitalisations et plus de 1 470 décès (page 8).
Ces chiffres rappellent que la grippe saisonnière demeure une cause importante de morbidité et de mortalité évitables.
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-05/dir1/grippe_saisonniere_-_evaluation_de_la_pertinence_dune_obligation_vaccinale_-_consultation_publique.pdf
Une couverture vaccinale des soignants inacceptable
La HAS constate qu’en 2024-2025 la couverture vaccinale antigrippale des professionnels des établissements de santé n’était que de 20 % (page 8).
En EHPAD, elle n’était que de 24,2 %, alors même que les résidents atteignaient une couverture vaccinale supérieure à 82 % (pages 8 et 12).
Autrement dit, les personnes les plus vulnérables se vaccinent massivement tandis que ceux qui les accompagnent quotidiennement demeurent très majoritairement non vaccinés.
Cette situation pose un problème de cohérence, de crédibilité et de responsabilité collective. Le rapport souligne lui-même l’écart important entre la couverture vaccinale des résidents et celle des professionnels (page 12).
Une proportion importante des infections grippales est asymptomatique ou peu symptomatique. De plus, de nombreux soignants poursuivent leur activité malgré des symptômes compatibles avec une grippe. Cette situation favorise un risque de transmission involontaire aux patients les plus vulnérables et constitue l’un des arguments en faveur d’une vaccination des professionnels de santé.
Les limites des politiques uniquement incitatives sont désormais démontrées
Depuis plus de vingt ans, les pouvoirs publics privilégient les campagnes d’information et les stratégies incitatives. Le résultat est connu. La couverture vaccinale des professionnels reste très éloignée de l’objectif national de 70 %.
Plus préoccupant encore, la couverture vaccinale des professionnels exerçant en EHPAD est passée de 37,2 % en 2007-2008 à seulement 24,2 % en 2024-2025 (page 10).
La HAS reconnaît que les mesures incitatives produisent des résultats variables et insuffisants pour atteindre les niveaux de couverture nécessaires à une protection collective efficace (pages 9 et 10).
Le constat est donc celui d’un échec. Continuer à reproduire les mêmes stratégies tout en espérant un résultat différent ne constitue pas une politique de santé publique.
Les données scientifiques soutiennent la vaccination des soignants
Le SNPI reconnaît que l’évaluation de l’impact de la vaccination des soignants sur les infections associées aux soins est complexe. La HAS souligne elle-même les difficultés méthodologiques et les limites des données disponibles. Cependant, l’absence de certitude absolue ne signifie pas absence de bénéfice.
Déjà en 2023, la HAS rappelait qu’une étude française menée sur cinq saisons grippales retrouvait une efficacité vaccinale de 89 % chez les professionnels de santé contre 42 % chez les patients, illustrant l’intérêt particulier de la vaccination des soignants.
La méta-analyse Cochrane analysée par la HAS retrouve par ailleurs une réduction de la mortalité toutes causes confondues chez les résidents lorsque les soignants sont vaccinés (page 8).
Plusieurs études internationales montrent également une diminution des infections grippales associées aux soins lorsque la couverture vaccinale des professionnels augmente.
La HAS rappelle qu’aux États-Unis la proportion de grippe nosocomiale est passée de 6 % à 2,3 % après l’augmentation massive de la couverture vaccinale des soignants (page 11).
Même lorsque le niveau de preuve est imparfait, les signaux convergent dans le même sens : davantage de soignants vaccinés signifie probablement davantage de patients protégés.
Vacciner les soignants, c’est aussi protéger le système de soins
La vaccination antigrippale des soignants ne protège pas uniquement les patients. Elle contribue également à préserver les capacités du système de santé pendant les épidémies hivernales.
La HAS rappelle que la grippe représente entre 2,6 % et 9,1 % des arrêts maladie dans certains pays, avec des absences de 3,6 à 9 jours par professionnel concerné (page 7). Ces absences surviennent précisément au moment où les besoins de soins augmentent fortement.
Dans un contexte déjà marqué par les tensions de recrutement et les sous-effectifs, elles peuvent conduire à des fermetures de lits, des déprogrammations d’interventions ou au déclenchement de plans blancs (page 7).
Or les bénéfices de la vaccination sont documentés. Selon une méta-analyse citée par la HAS, la vaccination antigrippale réduit de 60 % l’incidence de la grippe chez les professionnels de santé et diminue de 38 % les absences liées à cette maladie (page 7).
Pour le SNPI, cet enjeu est majeur. Préserver la présence des soignants auprès des patients constitue également une mesure de sécurité des soins. La vaccination participe ainsi à la continuité des prises en charge, à la réduction de la charge pesant sur les équipes et au maintien d’un système de santé capable de répondre aux besoins de la population pendant les périodes les plus critiques.
Le devoir professionnel de non-malfaisance
Le rapport de la HAS rappelle les principes éthiques mobilisés dans cette réflexion : prévention du dommage, équité, protection des personnes vulnérables et responsabilité collective (pages 16 à 20). Le SNPI considère que ces principes s’appliquent pleinement à la profession infirmière.
Chaque jour, les infirmières interviennent auprès de personnes âgées, immunodéprimées, atteintes de maladies chroniques ou en situation de grande fragilité. Le principe de non-malfaisance implique de réduire autant que possible les risques de transmission évitables. Or la grippe est transmissible avant même l’apparition des symptômes.
Comme le rappelait la HAS en 2023, une proportion importante des professionnels infectés demeure asymptomatique ou paucisymptomatique et poursuit son activité, participant involontairement à la transmission du virus.
La vaccination ne supprime pas totalement ce risque mais elle contribue à le réduire.
L’exemplarité des soignants
Les infirmières jouent un rôle majeur dans la promotion de la santé, l’éducation thérapeutique et la prévention.
Chaque année, elles encouragent les personnes vulnérables à se faire vacciner. Cette mission éducative repose aussi sur la confiance et l’exemplarité. Il devient difficile d’expliquer à un patient âgé l’intérêt de la vaccination lorsque les soignants eux-mêmes ne s’appliquent pas cette mesure de prévention.
L’exemplarité ne constitue pas un argument accessoire. Elle participe à la crédibilité des messages de santé publique.
En tant que professionnels de la santé, les soignants ont un devoir envers leurs patients de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour les protéger contre les maladies et les infections. La vaccination est l’un des moyens les plus efficaces de prévenir la transmission des maladies infectieuses, en particulier parmi les populations les plus vulnérables.
En tant qu’éducateurs de santé, les infirmiers ont une responsabilité particulière, née de la relation de confiance avec les patients. Ce rôle éducatif sur les traitements, la prévention et la vaccination est basée aussi sur l’exemplarité.
L’expérience internationale est sans ambiguïté
La HAS rappelle que les pays ayant instauré une obligation vaccinale ou des dispositifs quasi obligatoires obtiennent des couvertures vaccinales très supérieures à celles observées en France.
En Finlande, la couverture vaccinale des professionnels est passée d’environ 41 % à plus de 90 % après la mise en place d’un dispositif obligatoire (page 9).
Aux États-Unis, les établissements ayant instauré une obligation vaccinale atteignent des couvertures supérieures à 97 % (page 10).
Aucune stratégie exclusivement fondée sur l’information ou l’incitation n’a permis d’obtenir de tels résultats.
La position du SNPI
Le SNPI soutient l’orientation prise par la Commission Technique des Vaccinations qui propose l’instauration d’une obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels exerçant en EHPAD.
Nous considérons toutefois que la logique de protection des personnes vulnérables devrait également conduire à une réflexion plus large concernant l’ensemble des structures accueillant des patients particulièrement fragiles : services de gériatrie, oncologie, hématologie, réanimation, néonatalogie, et autres établissements médico-sociaux.
Cette obligation doit naturellement s’accompagner :
– d’une vaccination avec un accès facilité sur le lieu de travail ;
– d’une organisation adaptée aux horaires des équipes ;
– d’un suivi national des couvertures vaccinales ;
– de mesures proportionnées de gestion des refus.
Le maintien du statu quo n’est plus défendable. Les données scientifiques disponibles, l’expérience internationale, la faiblesse persistante des couvertures vaccinales françaises et l’exigence de protection des patients les plus fragiles conduisent le SNPI à réaffirmer sa position historique.
La vaccination antigrippale des soignants n’est pas seulement une décision individuelle. Elle constitue un engagement professionnel au service de la sécurité des patients.
Lorsque la prévention est possible, accessible, sûre et efficace, ne pas l’utiliser revient à accepter un risque évitable pour les personnes les plus vulnérables. C’est précisément ce que le SNPI refuse.