Consultation infirmière : définition, missions et enjeux
30 novembre 2025
Définition ONI, situations cliniques, preuves internationales et enjeux de reconnaissance : tout comprendre de la consultation infirmière.
La consultation infirmière est aujourd’hui l’un des leviers les plus efficaces pour améliorer l’accès aux soins, prévenir les complications, accompagner les maladies chroniques et renforcer la santé publique. Dans la plupart des pays avancés, il s’agit d’un acte identifié, structuré, enseigné, codé et évalué. En France, malgré son inscription dans la loi du 27 juin 2025, elle reste encore mal définie, mal organisée, et insuffisamment reconnue.
Cette page pilier intègre la définition officielle de l’Ordre National des Infirmiers et les réalités de terrain décrites par le SNPI, afin de proposer une ressource complète, destinée aux professionnels, décideurs, journalistes et citoyens.
1. Définition officielle : ce qu’est une consultation infirmière
L’Ordre National des Infirmiers a adopté la définition officielle de la consultation infirmière, dans le prolongement de la loi infirmière du 27 juin 2025. Désormais, son rôle est reconnu, ses contours précisés, son apport pleinement assumé. En ville comme à l’hôpital, elle devient un levier essentiel pour fluidifier les parcours, renforcer la prévention et répondre aux grands défis de santé publique : vieillissement, maladies chroniques, santé mentale.
Le Conseil National de l’Ordre des infirmiers définit la consultation infirmière comme suit :
La consultation infirmière est une pratique professionnelle par laquelle un(e) infirmier(e) recueille des données concernant l’état de santé de la personne, réalise un examen clinique en vue d’établir son diagnostic, celui-ci repose sur des données probantes acquises par la science.
L’infirmier(e) procède à un raisonnement clinique en fonction de ses compétences acquises par son niveau de diplomation et de ses expertises conduisant à une évaluation multidimensionnelle de la personne. Elle s’inscrit dans une démarche de co-construction avec le patient.
Dans le cadre de cette consultation, l’infirmier(e) est habilité(e), notamment, à informer, conseiller, prescrire, orienter, prodiguer des soins, dispenser ou organiser des séances d’éducation à la santé, d’éducation thérapeutique, de promotion de la santé et de prévention conformément à son champ de compétences.
La consultation infirmière est mise en œuvre à l’initiative de l’infirmier(e), sur orientation d’un autre professionnel, à la demande de la personne et le cas échéant, de son entourage. Elle est menée en présence physique ou dans le cadre d’un processus de télésanté.
https://www.ordre-infirmiers.fr/definition-officielle-de-la-consultation-infirmiere-une-etape-majeure-pour-repondre-a-l-acces-aux
Avec cette définition, la France rejoint ainsi la dynamique internationale, après l’adoption en juin dernier, à Helsinki, d’une nouvelle définition de l’ infirmière par le ICN-International Council of Nurses Conseil international des infirmières. Une même conviction traverse ces textes : sans les sciences infirmières, pas de réponse durable aux besoins croissants de santé. Cette définition est désormais une référence pour toutes les organisations infirmières, mais également pour la francophonie !
Cette définition présente plusieurs éléments clés :
– Évaluation clinique structurée
– Diagnostic infirmier
– Plan personnalisé de soins
– Éducation thérapeutique
– Prévention et repérage des risques
– Coordination du parcours
– Orientation si nécessaire
– Traçabilité et suivi
➡️ C’est donc bien un acte complet, engageant la responsabilité professionnelle, à l’opposé d’un simple entretien ou d’un « conseil infirmier ».
2. La réalité française : une compétence ancienne, mais une reconnaissance récente
Avant même d’être inscrite dans la loi en 2025, la consultation infirmière :
– existait déjà sur le terrain depuis des années,
– était pratiquée dans de nombreux secteurs (plaies, gériatrie, diabète, psychiatrie, douleur, EHPAD, domicile),
– mais sans cadre national, sans outils harmonisés, sans reconnaissance institutionnelle.
Le SNPI rappelle trois obstacles majeurs :
2.1. Une absence de structuration nationale
Chaque territoire a développé ses propres référentiels. Résultat : des pratiques différentes d’un département à l’autre, de qualité inégale, entrainant une confusion chez les patients, et une reconnaissance variable des médecins et des établissements.
2.2. Un manque d’outils : traçabilité, SI, codage
Aucun dispositif national ne permet aujourd’hui de coder une consultation infirmière, suivre les indicateurs, tracer l’activité, et évaluer les résultats pour la santé publique.
2.3. Une invisibilisation dans les parcours de soins
Comme le souligne le SNPI, la consultation infirmière reste souvent « écrasée par la verticalité médicale », même quand l’infirmière est :
– la professionnelle de santé qui connaît le mieux la situation,
– celle qui voit le patient le plus régulièrement,
– celle qui repère les signaux faibles.
3. Les situations cliniques où la consultation infirmière apporte le plus
3.1. Suivi des maladies chroniques
Résultats démontrés (OCDE, OMS) : baisse des hospitalisations, meilleure observance, diminution des complications.
Exemples : diabète, insuffisance cardiaque, BPCO, obésité, douleurs chroniques.
L’infirmière a cette capacité de rendre accessible ce qui semble hors de portée. Par un dialogue clair, adapté à chaque personne, elle transforme un diagnostic complexe en une réalité compréhensible. Ce savoir, transmis avec pédagogie et empathie, redonne un premier sentiment de contrôle. Car comprendre, c’est déjà moins subir.
https://syndicat-infirmier.com/Role-infirmier-pour-aider-un-patient-a-faire-face-a-un-diagnostic-de-maladie.html
3.2. Personnes âgées : prévention des pertes d’autonomie
La consultation infirmière permet : le repérage des fragilités, l’évaluation nutritionnelle, la prévention des chutes, le suivi cognitif, l’adaptation de l’environnement.
– https://syndicat-infirmier.com/Deprescription-role-infirmier-notamment-aupres-des-aines-polymediques.html
3.3. Plaies et cicatrisation
Domaines où l’expertise infirmière est internationalement reconnue : diagnostic du type de plaie, choix des pansements, coordination pluridisciplinaire.
– https://syndicat-infirmier.com/Plaies-et-cicatrisation-une-expertise-infirmiere-meconnue-par-la-reglementation.html
– https://syndicat-infirmier.com/Plaies-et-cicatrisation-une-expertise-infirmiere-reaffirmee-par-l-ONI.html
3.4. Santé mentale
Les infirmières assurent : repérage précoce, psychoéducation, prévention des crises, soutien aux familles.
Chaque entretien, chaque appel, chaque relance construit la confiance. Des études montrent que le suivi infirmier post-hospitalisation diminue le risque de récidive après une tentative de suicide et améliore l’observance thérapeutique. Les patients se sentent moins seuls, plus impliqués dans leur parcours de soins.
– https://syndicat-infirmier.com/Sante-mentale-les-infirmiers-piliers-invisibles-d-un-soin-en-souffrance.html
– https://syndicat-infirmier.com/Sante-mentale-quand-l-infirmier-tient-le-fil-du-soin.html
3.5. Vaccination et prévention
La consultation infirmière est l’outil idéal pour : expliquer, rassurer, corriger les fausses croyances, contrôler le statut vaccinal, détecter les contre-indications.
https://syndicat-infirmier.com/Vaccination-les-infirmieres-en-premiere-ligne-dans-le-monde-entier.html
3.6. Santé environnementale
Les éco-infirmières repèrent : polluants, risques domestiques, exposition aux perturbateurs endocriniens, qualité de l’air ou de l’eau.
https://syndicat-infirmier.com/Competences-infirmieres-et-sante-environnementale.html
3.7. Santé scolaire et santé au travail
La consultation infirmière se déploie aussi dans d’autres champs, trop souvent oubliés : les infirmières de santé au travail et les infirmières de l’Éducation nationale en sont des figures exemplaires. Dans les entreprises, les infirmières de santé au travail reçoivent les salariés en entretien clinique, identifient les facteurs de risque, repèrent les signaux faibles, orientent, écoutent, informent. Elles jouent un rôle clé dans le dépistage, le maintien en emploi et la prévention des troubles liés à l’activité professionnelle.
Dans les établissements scolaires, les infirmières accueillent chaque jour des élèves qui consultent pour des douleurs, des malaises, des détresses psychologiques, des difficultés d’hygiène ou d’alimentation. Elles procèdent à des évaluations cliniques, prennent en compte le contexte familial, social, affectif, et contribuent à la construction d’un parcours de soin adapté. Leur expertise relationnelle, éducative et préventive est centrale, mais rarement nommée pour ce qu’elle est : une consultation infirmière à part entière.
4. Comment se déroule une consultation infirmière ?
4.1. Anamnèse centrée et écoute active : attentes, symptômes, histoire de vie, contexte social...
4.2. Évaluation clinique : signes vitaux, douleur, mobilité, risques, signes atypiques...
4.3. Diagnostic infirmier Basé sur l’analyse des données recueillies, du risque, des ressources du patient...
4.4. Décision clinique Actions possibles :
– soins immédiats, plan de prévention, éducation thérapeutique, adaptation de l’environnement,
– orientation vers un médecin, un psychologue, un service social, un autre professionnel
4.5. Coordination du parcours : transmissions, organisation du suivi, contact avec l’entourage ou les autres professionnels.
4.6. Évaluation et réajustement La consultation n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans un processus longitudinal, indispensable à la qualité.
https://syndicat-infirmier.com/Les-differentes-dimensions-du-role-autonome-infirmier.html
5. Ce que montrent 30 ans d’études internationales
5.1. Amélioration des résultats cliniques
Les consultations infirmières permettent :
– moins 20 % d’hospitalisations pour maladie chronique,
– moins 25 % de complications évitables,
– meilleur contrôle glycémique et tensionnel.
5.2. Satisfaction élevée des patients
Motifs : écoute, temps passé, pédagogie, clarté des explications.
5.3. Réduction des coûts de santé
OCDE : « Les interventions infirmières sont parmi les plus coût-efficaces des stratégies de santé publique. »
5.4. Sécurité renforcée
Les infirmières repèrent : instabilités cliniques, erreurs de traitement, signes faibles, risques psychosociaux.
6. Comparaisons internationales : pourquoi la France doit rattraper son retard
L’Organisation mondiale de la santé OMS ne s’y est pas trompée : dans son programme « Santé 21 » pour la région Europe, elle promeut depuis plus de vingt ans le rôle de l’infirmière de famille comme levier d’équité et d’accès aux soins. Un rôle accessible dès la formation initiale, dès lors qu’il est reconnu, accompagné, structuré.
6.1. Scandinavie : un modèle préventif
Les infirmières assurent : dépistages, vaccination scolaire, visites familiales, consultations de suivi.
Dans les pays nordiques, la figure de l’infirmière référente repose souvent sur des infirmières généralistes intégrées dans des équipes de soins primaires. Elles participent à l’accueil, à l’évaluation et au suivi régulier des patients, notamment dans les zones rurales ou sous-dotées, avec des protocoles partagés mais sans statut de pratique avancée.
6.2. Canada
Les “nurse-led clinics” existent depuis 40 ans.
Résultats : amélioration des indicateurs de santé et réduction des délais.
Au Canada, dans certaines provinces comme l’Ontario, des cliniques communautaires sont pilotées par des infirmières diplômées en Licence (pas en master). Elles y assurent des consultations préventives, des bilans de santé, le suivi de maladies chroniques et la coordination avec les autres acteurs de soins.
6.3. USA
Aux États-Unis, de nombreux centres de santé communautaires (les nurse-managed health centers)emploient des registered nurses formées en trois ans pour assurer la continuité de soins auprès de populations vulnérables. Leur mission : prévenir, accompagner, éduquer et réagir face aux situations à risque.
6.4. Royaume-Uni
Les consultations infirmières sont intégrées dans toutes les “NHS Clinics”.
6.5. Australie
Déploiement large des consultations infirmières en santé communautaire.
6.6. Espagne et Portugal
En Europe du Sud, l’Espagne et le Portugal ont développé des modèles de consultations infirmières intégrées aux soins chroniques, animées par des professionnels de premier recours titulaires du diplôme de base, avec un complément de formation ciblé mais non universitaire.
7. Les obstacles actuels en France
7.1. Pas de cadre national clair
Malgré la définition ONI, rien n’est harmonisé : référentiels, organisation, outils, formation.
7.2. Pas de codage officiel
Un manque majeur : pas de possibilité de traçabilité standardisée.
7.3. Manque de visibilité institutionnelle
La consultation infirmière reste peu reconnue dans les parcours officiels.
7.4. Tensions interprofessionnelles
La culture hiérarchique française freine l’accès direct et les pratiques avancées.
8. Les propositions du SNPI pour une reconnaissance réelle
8.1. Définition réglementaire complète (reprenant la définition ONI)
Obligatoire dans tous les secteurs : hôpital, domicile, EHPAD, PMI, santé scolaire, santé au travail, santé mentale.
8.2. Un cadre national des situations cliniques
Six domaines prioritaires : chronicité, personnes âgées, plaies, santé mentale, vaccination, santé environnementale.
8.3. Intégration dans le DMP et les SI hospitaliers avec un codage dédié.
8.4. Indicateurs publics : délais d’accès, hospitalisations évitables, complications évitées, continuité des soins.
8.5. Formation initiale et continue
Place centrale à l’évaluation clinique et aux diagnostics infirmiers.
8.6. Intégration pleine dans la santé publique
La consultation infirmière doit devenir un pilier : des plans de prévention, du suivi scolaire, du vieillissement en santé.
Conclusion : un acte structurant pour le système de santé
"La consultation infirmière est une rencontre professionnelle structurée, à visée diagnostique, éducative et préventive. Elle commence par un entretien clinique et un examen du patient, mène à l’élaboration d’un diagnostic infirmier, à la planification de soins, à des conseils ou à des prescriptions dans le champ de compétences de l’infirmière. Elle mobilise un raisonnement clinique fondé sur l’analyse des données, l’évaluation globale de la personne et de son environnement. Mais elle ne se limite pas à la technique : elle s’inscrit dans une démarche de coconstruction, en s’appuyant sur une relation de confiance, d’écoute et de respect de l’autonomie de la personne soignée." précise Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI.
La consultation infirmière est la colonne vertébrale des parcours de santé, un outil puissant pour :
– améliorer l’accès aux soins,
– prévenir les complications,
– réduire les hospitalisations,
– réduire les renoncements,
– soutenir les familles,
– sécuriser les parcours,
– donner du sens à l’exercice infirmier
La France a désormais une définition officielle (ONI) et une reconnaissance législative (loi 2025). La prochaine étape est claire : mettre en œuvre, harmoniser, outiller, former, valoriser, évaluer.
Le SNPI continuera de porter cette exigence, car la consultation infirmière n’est pas un supplément : c’est un élément essentiel de la qualité des soins et de la santé publique.
https://syndicat-infirmier.com/Consultation-infirmiere-des-realites-de-terrain-a-la-reconnaissance.html